Un moulin qui mouline

Vous ne m’avez pas attendue pour vous en rendre compte, votre cerveau est un moulin qui tourne en continu. Le fameux petit vélo. Moi, je trouve l’image inexacte : les cyclistes ont parfois l’air de forcer et de souffrir dans les montées. Ce n’est pas le cas de cette pensée fluide et facile. C’est pourquoi je préfère l’image du hamster dans sa roue, infatigable, fascinant par son agilité et sa rapidité.

Mais la métaphore du moulin a l’avantage de mettre en avant le fait de moudre du grain, donc de servir à quelque chose. La fonction première d’un si beau cerveau est de mouliner utile. Et d’ailleurs, quand votre cerveau a du bon grain à moudre, il est heureux. Vous devriez toujours l’alimenter d’apprentissages, de projets à réaliser, de défis à relever. Reconnaissez-le : vous êtes curieux de tout et vous adorez apprendre. Votre cerveau raffole emmagasiner de nouvelles connaissances. Par ailleurs, vous n’êtes jamais si heureux que quand vous avez quatre ou cinq réalisations à mener de front. Alors pourquoi vous en priver ?

 
Un moulin qui mouline
 

Ghislaine réalise brusquement dans quel état de frustration elle se maintient artificiellement : « Je meurs d’envie d’apprendre l’anglais depuis longtemps, mais mon entourage me dit qu’à mon âge, c’est une lubie et que ça ne me servira à rien ! Du coup, je n’ai pas osé m’inscrire, alors qu’il y a des cours à la MJC, juste à côté de chez moi. » À l’issue de notre conversation, Ghislaine est déterminée à prendre ses cours d’anglais, indépendamment des réflexions qu’elle devra essuyer. Et elle a bien raison car lorsque le moulin tourne à vide, l’ennui s’installe et très vite la déprime suit. Les enfants surdoués se plaignent en vain : « À l’école, je m’ennuie. Je n’apprends rien. » Il y a beaucoup d’élèves surdoués déprimés par ce manque de grains à moudre, en classe.

Je suis certaine qu’une grande partie des gens en dépression chronique sont des gens dont le cerveau s’use à tourner dans le vide et à n’être alimenté que de ruminations stériles. On pourrait presque utiliser le terme d’anorexie ou de malnutrition intellectuelle. C’est pourquoi je pense que trouver de nouvelles façons de se sentir utile, occupé et d’utiliser ses capacités intellectuelles, redonne du bon grain à moudre au moulin et peut guérir un surefficient de la dépression.

Enfin, quand on a un moulin d’une telle puissance, il est important de ne laisser personne y mettre des grains de sable, parce que ça le ferait partir en vrille. C’est malheureusement le cas lorsque le chemin d’un surefficient mental croise la route d’un pervers narcissique. Les surefficients sont des gens courageux et efficaces. Ils savent faire face aux situations difficiles et complexes. Il n’y a pas de problème assez énorme pour qu’ils n’y trouvent de solution, tant que les données restent objectives et saines. Mais les manipulateurs faussent et trafiquent les données. Ils trichent, mentent, se contredisent et font délibérément tourner en bourrique. Avec leur bienveillance naturelle, les surefficients mentaux ne peuvent concevoir le mensonge, la mauvaise foi ni la malveillance. Plus ça va, moins ils comprennent. C’est ainsi que les situations perverses peuvent mener les surdoués jusqu’à la folie.

Extrait de « Je pense trop », Christel Petitcollin

 


 

Laisser un commentaire