Et moi, et moi, et moi : la transformation des discussions en monologue

Je constate souvent que les personnes ramènent les discussions qu’elles ont à elles-mêmes. Un simple « comment vas-tu ? » et c’est parti pour de longues tirades à propos des derniers événements. Parfois on arrive à glisser quelques mots pour informer qu’on a également des nouvelles à partager, mais cela ne semble pas vraiment intéresser l’autre.

Alors pourquoi certaines personnes occupent tout l’espace lors d’un échange (qui n’en est plus vraiment un) ? C’est l’une des particularités de l’égo, ce besoin et cette envie pressante de partager des nouveautés, des connaissances, des savoirs. Il y a différentes raisons, et elles ne sont pas présentes ou cumulées chez toutes les personnes concernées : se faire valoir, se rendre intéressant, avoir peur de passer inaperçu, combler la peur du vide, chercher à influencer et à convaincre, le manque d’amour, penser que ce que l’on a à dire est plus important que l’autre, etc.

Parfois ces monologues sont exprimés avec un réel enthousiasme et s’accompagnent de questionnements auxquels l’auteur apportera lui-même les réponses dans la foulée, en toute logique… pour lui. Certaines relations peuvent très bien fonctionner ainsi pour l’éternité, celui qui parle est heureux de s’exprimer et celui qui écoute est satisfait de n’avoir pas à prendre la parole. Mais aucun des deux ne progressera sur son chemin.

 
Et moi, et moi, et moi : la transformation des discussions en monologue
 

Il y a aussi ce que l’on appelle des dialogues de sourds. Chacun s’exprime sans même écouter l’autre. Lorsqu’on est spectateur de telles scènes c’est parfois même comique de voir comment chacun se débat pour garder sa position et défendre son opinion. Ces échanges sont complètement stériles, ce sont deux égos qui s’affrontent pour un résultat perdant-perdant.

Les personnes qui agissent ainsi doivent prendre conscience qu’elles perdent une grande source d’enrichissement qui est l’échange et l’écoute de l’autre. Elles en apprennent beaucoup moins qu’elles le pourraient, si elles s’ouvraient un peu plus aux autres. Elles véhiculent l’image de quelqu’un qui ne s’intéresse pas aux autres (même si elles sont persuadées du contraire), et se ferment progressivement des portes, des opportunités, des expériences.

Revenons-en à l’écoute, notre égo et nos peurs ont formaté nos pensées depuis l’enfance, et lorsque nous écoutons quelqu’un nous avons tendance à reprendre les paroles pour nous-mêmes. Par exemple, quelqu’un vous dit : j’ai été flashé sur la nationale à 120 km/h, et vous pensez « moi aussi il faut que je fasse attention », ou « moi je fais attention, ça ne risque pas de m’arriver ». Un autre exemple : « Hier mon conjoint m’a dit qu’il m’avait trompé », et vous pensez « et si ça m’arrivait à moi ? ». Vous avez compris le principe.

La prochaine fois que vous avez un dialogue, observez vos pensées. A chaque fois que vos pensées vous ramènent à une comparaison avec vous-mêmes, vous n’êtes pas vraiment dans l’écoute de l’autre (même si vous ne prenez pas la parole), mais plutôt dans « et moi, et moi, et moi »… Selon le moment, c’est un état de peur (et moi qu’aurais-je fait), de jugement (comparaison avec soi), d’envie (comment est-ce que je peux faire pareil), etc. Il est tout à fait possible d’écouter l’autre sans tout ramener à soi, il n’y pas d’urgence à penser ou réfléchir à telle situation qui vous concerne pendant que l’autre vous parle.

Ecouter l’autre en faisant abstraction de sa personne, c’est donner son attention et son amour. Cela ne se voit pas, c’est un acte de pure beauté intérieure. La vraie écoute permet un vrai échange, par le regard, par les gestes, et les mots justes. Les émotions et les énergies sont partagées et comprises. Celui qui pratique cette écoute vivante ne rate pas une miette de tout ce qui lui arrive, de ce qu’il découvre. Il ne s’ennuie jamais et sa vie se remplit à chaque instant.

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