S’éveiller à sa propre vie

Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. »Attribué à Marcel PROUST, 1871-1922.

Imaginez-vous sous la pluie sur une colline, quelque part en banlieue, en train de contempler un paysage urbain uniformément gris, qui peut être l’endroit où vous êtes né ou celui où vous vivez. Par ce temps, il semble froid et inhospitalier. Les constructions paraissent vieilles et délabrées. Les rues sont encombrées par la circulation et tous les passants semblent tristes et maussades.

Soudain, un miracle se produit. Les nuages se dissipent et le soleil déverse sa lumière. En un instant, tout est transformé. Les fenêtres se parent de reflets d’or. Le béton gris prend des teintes de bronze poli. Les rues paraissent soudain propres et étincelantes. Un arc-en-ciel se dessine. Au loin, le fleuve boueux devient un serpent exotique qui zigzague dans la ville en scintillant. L’espace d’un instant magique, tout semble s’être arrêté : votre respiration, les battements de votre cœur, le vol des oiseaux dans le ciel, la circulation dans les rues, jusqu’au temps lui-même. Tout semble s’être mis sur pause pour enregistrer la transformation.

 
S’éveiller à sa propre vie
 



Un changement de perspective aussi inattendu et aussi éblouissant a un effet spectaculaire non seulement sur ce que l’on voit, mais aussi sur nos pensées, nos sentiments et notre rapport au monde. En un clin d’œil, il peut modifier radicalement notre regard sur la vie. Mais l’aspect le plus étonnant, c’est le peu qui a changé dans la réalité. Le paysage urbain est resté le même ; simplement, quand soudain le soleil apparaît, on le voit sous un éclairage différent. Rien d’autre.

Vous pouvez transformer vos sentiments de la même manière, en considérant votre vie sous un angle différent. Repensez à une veille de départ en vacances bien méritées. Il y avait bien trop de choses à régler et trop peu de temps. Vous étiez rentré tard du travail, après avoir tenté en vain de « déblayer » les dossiers avant de partir. Vous vous sentiez comme un hamster coincé dans une roue qui tourne sans fin. Le simple fait de décider quoi emporter dans vos bagages a été un casse-tête. Votre valise enfin prête, vous vous êtes couché épuisé, sans trouver le sommeil pour autant, parce que votre esprit continuait à mouliner sur toutes les questions traitées pendant la journée. Le lendemain, vous vous êtes réveillé, vous avez mis vos sacs dans le coffre de la voiture, fermé la maison, et vous êtes parti… Fin de l’histoire.

Le lendemain, vous étiez sur une plage magnifique, en train de vous détendre et de rire avec des amis. Le travail et ses priorités semblaient tout à coup à des milliers de kilomètres, au point de paraître presque irréels. Vous vous sentiez revigoré, vivant, parce que tout votre univers avait changé de vitesse. Votre travail n’avait pas cessé d’exister, bien sûr, mais vous le considériez sous un autre angle. Rien d’autre.

Le temps est une autre donnée qui peut modifier de fond en comble votre vision de la vie. Repensez à la dernière fois où vous vous êtes accroché avec un collègue ou un inconnu. Sur le moment, vous enragiez. Vous vous êtes répété pendant des heures tous les arguments chocs que vous auriez pu ou dû employer pour écraser votre adversaire. Le contrecoup de l’altercation vous a sans doute gâché la journée. Quelques semaines plus tard, pourtant, votre irritation avait totalement disparu. En fait, c’est tout juste si vous vous souveniez de l’incident. Vos émotions s’étaient débarrassées de cette écharde. L’anicroche avait bien eu lieu, mais vous la regardiez désormais d’un autre point dans le temps. Rien d’autre.

Comme l’illustrent ces exemples, un changement de perspective peut transformer votre vécu. Mais cela soulève un problème de fond ; toutes ces modifications ont été provoquées par des changements extérieurs : le soleil est apparu, vous êtes parti en vacances, le temps a passé. L’ennui, c’est que si vous devez compter sur une modification des circonstances extérieures pour vous sentir heureux ou rechargé en énergie, vous risquez d’attendre très longtemps. Et pendant que vous attendez en espérant que le soleil apparaisse ou en rêvant à la paix et à la tranquillité d’un futur hypothétique ou d’un passé idéalisé, votre vraie vie va s’écouler sans que vous y preniez garde. Et ces moments de vie réelle pourraient aussi bien ne pas exister.

Extrait de « Méditer pour ne plus stresser « , Mark Williams, Danny Penman


 

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