Sélectionnez vos pensées

En complément à mes récents articles sur la conscience du moment présent, voici une approche plus simple à mettre en œuvre.

Les pensées qui doivent et qui peuvent disparaître sont celles qui ne correspondent à rien de certain et qui fonctionnent pourtant comme si elles reposaient sur une certitude. Vous reconnaîtrez aisément ce type de pensées parce qu’elles nous sont familières, telles les pensées d’inquiétude. Prenons un exemple pour que vous puissiez appliquer ensuite le principe à vos destins respectifs.

Supposons qu’il vous vienne souvent à l’esprit : « Mes moyens financiers ne vont pas continuer comme cela, je vais perdre ma situation, les prix augmentent, les gens ont de moins en moins d’argent pour acheter les produits que nous fabriquons, je ne sais pas comment je vais pouvoir faire face aux échéances. » Voilà le genre de cogitations qui ne reflète pas la situation telle qu’elle est mais qui peut cependant occuper votre esprit : l’un se fera du souci pour sa santé, l’autre pour le qu’en dira-t-on, un autre encore pour des événements qui risquent peut-être de se produire à l’échelon mondial. Il faut bien dire que, si la plupart de ces idées apparaissent à un regard lucide comme ayant bien peu de contact, pour ne pas dire aucun, avec la réalité, certaines (et là une acuité de vigilance sera nécessaire) se présentent comme intelligentes et justifiées alors qu’elles sont en fait inutiles, qu’elles tournent en rond, envisagent d’improbables éventualités sans conduire à aucune décision et ne font que consommer de l’énergie.

Sélectionnez vos pensées

Également inutiles si vous voulez atteindre le but ultime, bien qu’elles soient moins néfastes en apparence, sont les pensées enthousiastes par lesquelles vous vous laissez emporter. Ces pensées prétendument heureuses : « Tout me réussit » ou « mes rentrées d’argent vont augmenter » qui naissent à partir d’éléments pris dans la réalité mais s’en éloignent très vite, doivent aussi disparaître. Vous pouvez vous donner comme but (vous êtes d’accord ou vous n’êtes pas d’accord, mais c’est un point indispensable à clarifier sur le chemin) l’élimination complète de ces pensées qui confondent possibilité et probabilité.

Vous ne pourrez progresser plus loin dans les jours ou les années à venir, que si vous êtes décidés à éliminer ces errements. Il ne s’agit pas de savoir si un yogi tibétain peut les faire disparaître mais s’il existe dans vos existences réelles et concrètes une méthode pour qu’un jour ces vagabondages soient extirpés de votre cerveau.

A partir de là, en dehors des moments où il est nécessaire de réfléchir, vous pourrez vous promener dans une forêt sans être harcelés par des associations d’idées et vous serez en mesure d’entendre les bruits, d’admirer les arbres, de voir les couleurs ; et si des pensées apparaissent, elles n’auront rien à voir avec le type de pensées que je viens d’évoquer : il s’agira de pensées dont vous serez conscients au moment où elles se présentent, dont vous pourrez vous souvenir et qui seront beaucoup plus sobres en ce sens qu’elles ne prévoient ni le pire ou le plus inquiétant ni le plus merveilleux.

Ces pensées simples correspondent à une action qui doit être accomplie, une situation dont vous avez à vous occuper : « Il va falloir que je téléphone à ma cousine pour savoir si son fils a réussi son examen » ou « il ne faudra pas que j’oublie en rentrant à Paris de faire ma déclaration de revenus » ou encore : « Cet été pour les vacances, ma fille a demandé avec beaucoup d’insistance si elle pourrait faire de la planche à voile ; je dois me renseigner pour savoir s’il vaut mieux louer une planche ou en acheter une. »

Des pensées surgissent liées à votre réalité actuelle et, si elles ne sont peut-être pas strictement nécessaires au « ici et maintenant », du moins ne relèvent-elles pas d’une émotion patente ou refoulée.

S’il subsiste un élément de malaise, un regret quelconque, vous n’aurez aucun mal à le détecter : « Tiens, je n’ai pas fait ça, j’aurais dû m’en occuper. » Non seulement vous en serez conscients mais vous aurez la capacité de faire la distinction intransigeante entre ces pensées-là et celles qui désertent sans vergogne la réalité, soit dans le sens de l’inquiétude, soit dans le sens de l’enthousiasme, sans preuve et sans certitude. Il faut que cette distinction devienne peu à peu très claire pour vous parce que les pensées qui doivent disparaître possèdent une apparence de réalité. Et si vous n’êtes pas vigilants, vous tomberez dans le piège en trouvant une justification à ces pensées inutiles. A celui, par exemple, qui aurait tendance à s’alarmer pour le manque d’argent, ses pensées proposeront une argumentation qui semble plausible, même s’il n’y a en fait rien de certain et de prouvé. L’anxiété s’appuie sur des suppositions, des éventualités que le mental fabrique à partir de son propre fond. Et chacun entretient des thèmes d’inquiétude qui lui sont spécifiques. Il faut être impitoyable et toujours se demander : quelle valeur ont ces pensées qui me viennent à l’esprit ?

On peut donc dire qu’il existe trois types de pensées. D’une part les pensées inutiles, nocives, qui montrent que la destruction du mental n’a pas été opérée et que vous pouvez encore tomber dans le piège pernicieux de ses illusions. D’autre part, des pensées qui pourraient encore être raréfiées mais qui ne déforment pas la réalité : « J’ai oublié de régler cette facture, je dois écrire à ma mère, etc. » On peut admettre que ces pensées ne sont pas strictement nécessaires et ne s’imposent pas au moment où elles vous viennent à l’esprit, mais elles ne sont pas du même ordre que les abus sur les-quels j’insiste. Enfin, il y a les pensées qui représentent une réflexion active et sont manifestement nécessaires pour prendre une décision : maintenant j’envisage telle réalité, comment se présente-t-elle, quels sont les éléments qui la composent, quelle décision imposent-ils ? Et cela n’est pas penser mais voir.

Librement inspiré d’Arnaud Desjardins (Approches de la Méditation)

Laisser un commentaire