La révolution humaine

Aujourd’hui je vous propose un extrait d’un ouvrage de Satprem. Personnellement je ne suis pas fan de son écriture, ni de l’articulation de certaines de ses pensées (le fond étant bien-sûr dans la Vérité). Autant je m’amuse à relire par exemple occasionnellement Les lettres à Lucilius de Sénèque qui sont toujours d’une troublante réalité quelques 2000 ans plus tard, je trouve qu’argumenter la spiritualité contemporaine avec des tirades philosophiques… c’est plutôt bof bof. A chacun de se faire son opinion, si je publie cet extrait, c’est que mon intuition me dit qu’il parlera à certains.

Il y a une immense aberration. Avons-nous couru tous ces siècles et ces peines pour faire « trois p’tits tours et puis s’en vont »… au paradis, et plus souvent dans les enfers.
Nous avons fait tant de révolutions qui ne révolutionnent rien. Allons-nous faire la vraie, pour une fois ? La révolution de l’Homme.

Encore une fois, nous entendons les frères d’une jeune révolution qui s’écriaient « Salut et fraternité ! » et c’est peut-être le seul cri qui reste vivant de notre sainte trinité nationale, liberté, égalité, fraternité, car, de « liberté », il ne reste guère, sauf la liberté de « penser » ce que pensent nos diverses radios et d’attraper une mort médicale et toute prévue, et des nouvelles hypnotiques qui n’apportent aucune Nouvelle, sauf de notre chaos grandissant et de nos sempiternelles bêtises, avec quelques distractions guerrières et des découvertes qui découvrent seulement notre esclavage perfectionné.

Quant à l’ « égalité », mon Dieu ! Elle ne se fait guère que par le bas, qui égalise tout dans une même crasse. Mais ces jeunes pousses, tout de même, elles poussent tout de même et elles voudraient bien un air plus vaste, plus libre, et une ronde qui ne se refermerait pas sur une Forteresse toute faite et un Paradis des morts, elles n’ont pas fait encore leur arbre. Où est la perspective, l’espace, l’horizon qui ne se bouche nulle part ?

 
La révolution humaine
 

Soixante-dix ans d’une unique vie, c’est peu et c’est si idiot que l’on ne voudrait jamais recommencer mais plutôt faire des feux qui ne sont pas de joie pour mettre fin à cette ineptie. Ou semer des bombes ici et là, c’est d’ailleurs ce qui se passe au bout de nos deux mille ans de baptême occidental.

Où est « la » piste ?
Où sont les traces de notre passé, individuel et collectif, disparu dans les sables d’Abyssinie ou d’Egypte et qui nous hante quand même avec quelque cri d’Antigone reconnu en nous, et qui réveillerait ou rouvrirait en nous la piste de l’avenir ? Cet évadé, qui regardait avec stupéfaction le grand Serpent de Thèbes et ces petits bonshommes à la queue leu leun chacun sous un anneau du Karma qui s’en allait dans l’infini de l’avenir, béait soudain sur une énigme vivante qui était lui-même et plus que lui-même, et ce « plus que » était comme chargé d’un formidable dynamisme… Cinquante ans après ou trois mille, ce dynamisme nous porte encore et nous béons sur un Mystère qui n’a jamais fini de se découvrir.

Il y avait un grand Révolutionnaire, un Voyant et un Amant de la terre, nommé Sri Aurobindo, qui disait :
« La nature même de notre humanité suppose que les âmes ont été constituées par un passé différent et que, de même, elles auront un avenir en conséquence ».
Et il ajoutait :
« Platon et les Hottentots (les Hottentots, c’est nous), le fils privilégié des saints ou des rishis védiques, et le criminel endurci qui est né et a vécu d’un bout à l’autre dans la corruption fétide d’une grande cité moderne, auraient pareillement, par les actes et les croyances de cette seule et unique vie inégale, à créer tout leur avenir éternel ?
C’est là un paradoxe qui offense tout à la fois l’âme et la raison, le sens moral et l’intuition spirituelle ».

On se demande vraiment comment l’Occident a pu vivre dans cette aberration, et il en meurt. Restent quelques grands solitaires qui jettent leur cri dans la jungle. Et la fraternité humaine veut que nous criions encore avec Philoctète : « Notre père, alors, nous aurait engendrés pour être des esclaves et non des hommes libres ? »

Il nous reste à faire la plus grande de toutes nos révolutions : la révolution humaine.

Extrait de La légende de l’avenir, Satprem.

 


 

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