Quel serait l’état vraiment « naturel » pour l’homme ?

L’homme est, sur la terre, un être de transition et, par conséquent, au cours de son évolution il a plusieurs natures successives, qui ont suivi une courbe ascendante, et continueront à la suivre jusqu’au moment où il touchera le seuil de la nature supramentale et se transformera en surhomme. Cette courbe est la spirale du développement mental.

Nous avons tendance à appeler « naturelle » toute manifestation spontanée qui n’est pas le résultat d’un choix ni d’une décision préconçue, c’est-à-dire sans intrusion de l’action mentale. C’est pourquoi, quand l’homme a une spontanéité vitale très peu mentalisée, il nous paraît plus « naturel » dans sa simplicité. Mais c’est un naturel qui ressemble beaucoup à celui de l’animal et qui est tout en bas de l’échelle évolutive humaine. Il ne retrouvera cette spontanéité sans intrusion mentale que lorsqu’il aura atteint le stade supramental, c’est-à-dire dépassé le mental et émergé dans la Vérité supérieure.

Jusque-là, toutes ses manières d’être sont, naturellement, naturelles ! Mais avec le mental, l’évolution a été, on ne peut pas dire faussée mais déformée parce que, de par sa nature même, le mental était ouvert à la perversion et que presque dès le début il s’est perverti ou, pour être plus exact, il a été perverti par les forces âsouriques. Et c’est cet état de perversion qui nous donne l’impression de ne pas être naturel.

 
Quel serait l’état vraiment « naturel » pour l’homme ?
 

Pourquoi se pose-t-il des questions ? Mais parce que c’est le propre du mental !

Avec le mental a commencé l’individualisation et un sentiment de séparation très aigu, et aussi une sorte d’impression, plus ou moins précise, d’une liberté de choix — tout cela, tous ces états psychologiques sont la conséquence naturelle de la vie mentale et ouvrent la porte à tout ce que nous voyons maintenant, depuis les aberrations jusqu’aux principes les plus rigoureux. Il a l’impression de pouvoir choisir entre une chose et une autre, mais cette impression est la déformation d’un principe vrai qui ne serait totalement réalisable qu’avec l’apparition de l’âme ou de l’être psychique dans la conscience et si l’âme prenait en main le gouvernement de l’être ; alors la vie de l’homme serait vraiment l’expression de la Volonté suprême qui se traduirait individuellement, consciemment. Mais dans l’état humain normal, c’est un cas encore tout à fait exceptionnel et qui, pour la conscience humaine ordinaire, ne paraît pas du tout naturel
— cela paraît presque surnaturel !

L’homme se pose des questions parce que l’instrument mental est fait pour voir toutes les possibilités ; et la conséquence immédiate est la notion du Bien et du Mal, de ce qui est juste et de ce qui est faux, et toutes les misères qui s’ensuivent. On ne peut pas dire que ce soit une mauvaise chose ; c’est une étape intermédiaire — une étape pas très agréable, mais enfin… qui était certainement inévitable pour un développement complet du mental.

Extrait de Pensées et Aphorismes de Sri Aurobindo

 


 

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