Quatre millions d’années sans laitages

Si certains d’entre nous réagissent mal aux laitages, c’est tout simplement parce que l’homme est génétiquement peu adapté à la consommation de ces aliments. L’espèce humaine est vieille de 4 millions d’années et pendant cette considérable période, Homo sapiens et ses ancêtres n’ont pas consommé le moindre laitage après la période d’allaitement.

C’est seulement depuis vingt mille ans, avec la sédentarité et l’élevage, que l’homme a commencé à se nourrir de lait de ruminant. La plupart d’entre nous en sont restés à l’équipement génétique hérité de nos lointains ancêtres: nous ne savons pas digérer les laitages.

Après le sevrage en effet, l’organisme ne fabrique normalement plus une enzyme, la lactase-phlorizine hydrolase, dont le rôle est de digérer le sucre du lait, le lactose, pour le transformer en glucose et en galactose. Cette enzyme est présente dans les premières années de la vie parce que le bébé humain en a besoin pour digérer le lait de sa mère, et elle disparaît ensuite chez 75 % des êtres humains car une fois sevrés, nous ne sommes pas faits pour digérer du lait qu’il vienne de notre mère ou d’un autre mammifère.

 
Quatre millions d'années sans laitages
 

Ainsi, 80 % des Asiatiques, 80 % des Africains et 60 % des populations méditerranéennes sont incapables de digérer le lactose. Les populations d’Europe du Nord sont moins touchées par l’intolérance au lactose parce que le lait de vache fait partie de leur alimentation depuis plus longtemps, et qu’elles bénéficient d’une mutation génétique qui les aide à le digérer.

Pour de très nombreux adultes, la diminution de la place du lait dans l’alimentation se traduit par une amélioration de la santé. Un exemple extrême en est donné par les personnes qui souffrent de fibromyalgie, une maladie chronique qui se manifeste par des douleurs articulaires et musculaires, de la dépression, de la fatigue. Selon une étude préliminaire conduite par le docteur Joel Edman (université Thomas Jefferson, Orlando, Floride), ces patients trouvent le soulagement en évitant le maïs, le blé, les laitages et le sucre, tous aliments absents du régime ancestral pour lequel nous sommes génétiquement faits.

Un laitage par jour… Nous ne plaidons pas pour l’élimination des laitages du régime alimentaire, mais nous avons aujourd’hui toutes les raisons de douter du discours de l’industrie laitière, et de ses relais gouvernementaux et scientifiques, selon lequel il faut consommer encore et toujours plus de laitages pour venir à bout de l’ostéoporose.

Cette course en avant a échoué. L’Europe et les États-Unis sont les plus gros consommateurs de laitages au monde, et le coût sanitaire annuel de l’ostéoporose ne cesse d’y croître, avec 10 milliards d’euros pour l’une et 14 milliards pour les autres.

Les fameux trois laitages par jour n’ont d’intérêt au mieux, que pour une minorité de la population (10 %) qui consomme trop peu de calcium li. Pour les autres, un laitage est largement suffisant comme le recommande l’École de santé publique de Harvard.

Par ailleurs, il n’est pas honnête de faire croire aux femmes et aux écoliers que, sans laitages, il est impossible de se procurer assez de calcium. La vérité, c’est que le calcium de l’eau est aussi bien absorbé que celui du lait Un litre et demi d’une eau riche en calcium fournit 92 % des apports en calcium conseillés à une jeune femme !

Enfin, la teneur des os en calcium ne dépend pas uniquement de la quantité de calcium que l’on avale, mais d’un grand nombre de facteurs.
Les sels de potassium, les fruits et les légumes apportent une charge basique nette qui limite les fuites de calcium osseux.
Les protéines végétales, telles celles du soja, semblent à même de protéger de l’ostéoporose.
Les vitamines D et K améliorent l’absorption et la rétention du calcium.
Les exercices physiques qui exercent un stress physique sur l’os (musculation, danse) réduisent la perte de calcium.
Selon une hypothèse récente, les graisses végétales riches en oméga-3  pourraient aider à renforcer l’os en décourageant les phénomènes inflammatoires.
Le tabac, la caféine, l’alcool. le sel, le sucre, l’excès de protéines animales et de céréales ainsi que certains médicaments (corticoïdes) favorisent au contraire la fuite de calcium.
En matière d’ostéoporose, il est largement temps de sortir de la caricature « laitages = os solides» qui nous est servie sous prétexte que le consommateur ne peut comprendre que des arguments simples. Au moins peut-il comprendre qu’il est l’enjeu de puissants intérêts économiques…

Extrait de « Santé, mensonges et propagande » (Thierry Souccar & Isabelle Robard)

 


 

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