Petites causes et grands effets

J’ai particulièrement en mémoire l’histoire de Sylvain venu me consulter pour une mystérieuse douleur au genou qui le handicapait dans la moindre de ses activités quotidiennes.

La mémoire causale qui était rattachée à cette partie de son corps était celle d’un palefrenier malencontreusement blessé par un coup de sabot, au siècle dernier.

Accident banal mais qui avait vraisemblablement ancré une amertume puis une colère chez le palefrenier qu’il avait été, condamné à boiter le restant de ses jours.

En parfaite jardinière qui mène toujours jusqu’au bout son travail de labourage, la vie s’ingénia à placer Sylvain dans une situation assez significative. Dans les deux ans qui précédèrent notre rencontre, me confia-t-il après la lecture, il s’était fiancé à une jeune femme dont les parents étaient propriétaires d’une écurie de course.

Contraint de vivre de plus en plus dans un contexte où il n’était question que de chevaux et futur époux d’une fanatique d’équitation, il sentit alors assez rapidement des colères incompréhensibles monter en lui, en même temps qu’un agacement face au contexte de vie de ce qui allait devenir sa belle-famille.

De mouvements d’humeur en colères incontrôlées, il avait fini par rompre avec sa fiancée. Depuis, m’avoua-t-il, sa destinée semblait lui échapper, il ne se comprenait plus, ne se maîtrisait plus et son problème au genou, qui remontait à l’adolescence, ne faisait qu’empirer.

 
Petites causes et grands effets
 

Ainsi que je l’ai déjà signalé, l’Intelligence de la Vie ne manque jamais de nous replacer dans des circonstances qui nous obligent à affronter une part de nous restée en quelque sorte en chantier. Dans le cas de Sylvain, c’était une colère liée à un contexte précis.

Manifestement, il n’avait pas “passé l’examen” puisque la colère en question avait repris le dessus, changeant du même coup toute sa vie affective et sa trajectoire. Était-ce sa fierté d’ancien palefrenier qui avait été malmenée et s’était transformée en un subtil poison ? C’est possible.

Nombre d’entre nous supportent mal de ne pas maîtriser un élément précis de leur vie au point de répéter certaines réactions épidermiques de rébellion ou de souffrance. Sur un plan purement symbolique, d’ailleurs, les blessures au genou sont très souvent en rapport avec une fierté ou un orgueil atteints.

La première marque de l’humilité n’est-elle pas traditionnellement représentéepar le fait de s’agenouiller ?

Les difficultés tenaces d’ordre purement psychologiques sont aussi souvent issues de la catégorie “petites causes donnant de grands effets”.

Ainsi, je rencontre fréquemment des personnes très handicapées par une instabilité affective et un manque total de confiance en elles. Lorsque leur aura causale autorise une lecture du passé, on se rend presque toujours compte qu’aucun événement particulier n’est responsable de la situation. Les personnes en question se sont simplement mises à répéter, je devrais dire à bégayer, des situations et des réactions analogues pendant plusieurs existences consécutives.

La plupart du temps, ce sont des scénarios de mariages obligés, de mésententes, de ruptures douloureuses, de frustrations affectives ou sexuelles, bref tout ce qui constitue les mille choses de l’existence qui s’accumulent et que l’on ne parvient pas à régler. Et régler, dans ce cas-là, cela signifie toujours pacifier, réconcilier.

Notre société nous éduque dans le sens de la combativité et de la performance à atteindre. Cependant, lorsque l’on développe un regard permettant d’avoir une vue d’ensemble sur une longue période ou mieux, sur un enchaînement de plusieurs vies, on s’aperçoit toujours que l’attitude du combattant ne sème pas autre chose que la guerre.

Ultimement, d’ailleurs, je me suis sans cesse rendu compte qu’au-delà des luttes livrées à autrui ou à un ensemble de circonstances, cela aboutit à une guerre contre soi. On pourrait parler d’intoxication de la conscience profonde, avec toutes les répercussions que ce mal engendre dans le temps au niveau de la mémoire cellulaire.

Le semeur est invariablement le récoltant. Sans tomber dans l’absurdité qui consisterait à assimiler chaque obstacle ou chaque souffrance de la vie à une dette karmique à régler, comprenons qu’il s’agit d’une loi de base établissant un schéma d’équité absolue.

Par définition, le Temps n’est pas pressé. Ce à quoi nous pourrions penser échapper, par manque de courage ou parce que l’on se croit plus rusé ou plus fort, nous rattrape invariablement dans une existence ou dans une autre… et c’est parfait comme cela !

Extrait de « Les maladies karmiques, les reconnaître, les comprendre, les dépasser », de Daniel Meurois

À tous ceux et à toutes celles qui, en marge des idées reçues, ont l’audace de se poser de vraies questions.
À toutes celles et à tous ceux qui, en silence, défrichent la conscience et l’évidence de demain.
Aux Aimants, enfin, qui acceptent de dépasser le verbe savoir.

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