Ouvrez les yeux pour vous libérer

Nous nous sommes tous déjà sentis prisonniers de petites choses, de préoccupations mesquines et de désirs limités qui s’introduisent dans notre conception de la vie et nous dressent contre tout ce qui peut donner l’impression de vouloir contrarier ces désirs. Voici une liste brève de ces petits trouble-fêtes qui finissent par nous gâcher la vie lorsque nous les croyons nos amis.

1. Etre convaincu que les autres ne devraient nous traiter que comme nous le méritons.

2. S’attacher puissamment aux objets les plus insignifiants ou les plus étranges qui nous entourent.

3. Etre persuadé que personne ne distingue les situations aussi clairement que nous.

4. Vivre dans une rancœur sourde, causée par l’amertume de relations passées ou actuelles.

5. Etre absolument persuadé que personne n’a le droit d’interrompre nos plaisirs.

Comment nous assurer que ces conditions n’ont aucune importance dans le contexte grandiose de l’existence ?

 
Ouvrez les yeux pour vous libérer
 

Nous avons tous vécu ce genre de moments. En raison d’une crise quelconque, indépendante de notre volonté, nous parvenons momentanément à comprendre que nous avions perdu de vue ce qui était vraiment important.

Peut-être sommes-nous l’une de ces personnes douillettes et légèrement hypocondriaques ; soudain, nous apprenons qu’un être cher est atteint d’une maladie incurable. Ou alors, nous sommes persuadés d’être seuls à connaître le vrai chagrin ; mais un jour arrive où, en accusant aigrement un membre de notre entourage de ne pas compatir à notre situation, nous constatons que cette personne souffre autant que nous, voire que nous sommes responsables de sa détresse. Ou encore peut-être nous trouvons-nous en compagnie de quelqu’un qui possède moins que nous, mais qui est heureux de partager le peu qu’il a, sans peur du lendemain. Dans ces circonstances, si nous possédons encore un cœur humain, nous nous rendons compte, en toute humilité, que nous étions aveugles, incapables de distinguer l’immensité de ce que nous possédons.

C’est à des moments de ce genre – moments d’ailleurs trop rares pour la bonne santé de notre âme – que nous faisons une découverte étourdissante certes, mais extraordinaire : nous étions perdus dans une toute petite partie de nous-mêmes, inconscients de l’influence de nos désirs égoïstes, ainsi que de la rançon élevée de cet égoïsme pour les gens qui nous entourent.

Une autre révélation surgit alors, encore plus cruciale : nous nous prenions pour ce que nous ne sommes pas ! Et c’est ainsi qu’en cet instant inappréciable, nous nous réveillons à la première étincelle de connaissance de soi que recherchent tous ceux qui souhaitent découvrir la vérité sur leur propre nature. Nous commençons à comprendre que nous avons accueilli une nature inconsciente qui non seulement nous rend aveugles au monde auquel elle nous lie, mais encore voudrait nous faire croire que son petit fief est identique à l’immense royaume de notre vraie nature.

Comment une telle supercherie peut-elle demeurer indécelable si longtemps ? Nous n’accepterions jamais cet aveuglement, nous ne laisserions jamais passer la chance de devenir un être bon et compatissant si nous pouvions faire autrement. Et pourtant, il semble évident que nous vivons dans l’ombre d’influences néfastes qui demeurent invisibles à nos yeux.

William Blake écrivit un jour: « Le rugissement du lion, le hurlement du loup, le fracas d’une mer en furie et le sifflement meurtrier de l’épée sont des portions d’éternité trop vastes pour l’œil de l’homme. » Qui ne s’est pas senti parfois exclu de l’immensité de la vraie vie ? Lorsque nous sommes dévorés par des soucis banals, tout ce que la vie peut nous réserver de grand et de majestueux pourrait bien se produire sur une lointaine planète. Nous n’en serions guère plus conscients.

Et pourtant, en dépit de notre vision obscurcie, nous parvenons parfois à reconnaître la vérité de cet aveuglement spirituel. C’est cette demi-lucidité qui a inspiré un écrivain éclairé, Ralph Waldo Emerson, lorsqu’il fait allusion au germe d’un grand espoir, « que nous ne possédons pas encore en nous-mêmes, bien que nous sachions déjà que nous sommes bien plus que cela ».

Soyons clairs, cependant. Nul d’entre nous n’accepterait de vivre à partir d’un Soi qui choisirait notre destin à notre place, à partir de ce que nous avons été. Tant que ce type de Soi demeurera le guide de notre conscience, nous serons coupés de la sagesse qui nous attend au fond de nous-mêmes. Mais aujourd’hui, nous avons pris les premières mesures qui nous permettront de mobiliser la puissance dont nous avons besoin pour revendiquer notre place dans la vraie vie. Commençons par la nouvelle connaissance de soi ; à partir de là, telle la rose d’été libérée de son bouton printanier, surgit la force de la conviction dont nous aurons besoin pour progresser et réussir notre propre éveil.

Nous avons appris que notre vraie nature n’était pas une ligne tracée sur un plan horizontal, où l’accès à ce que nous pourrions devenir dépendra de ce que nous savons déjà. La vérité est bien différente. Nous sommes au fond de nous-mêmes des créatures venues des étoiles, des êtres dont la nature céleste n’est pas seulement née de la lumière, mais encore destinée à vivre sans entraves.

C’est justement cet être encore caché, ce Soi, qui nous fait signe d’entrer dans une existence plus vaste. Et bien que le murmure de son message soit souvent noyé dans le tintamarre de toutes les voix qui nous rabâchent que nous avons besoin de ceci ou cela, nous pourrons l’entendre en prêtant l’oreille : lorsque nous commençons à nous sentir petits, c’est seulement parce que nous nous identifions inconsciemment avec les petites choses de la vie. Apprendre à nous libérer pour vivre au présent consiste à comprendre que nous nous accrochons à ce qui nous limite afin de pouvoir délibérément nous arracher de ces entraves.

Librement inspiré de Vivre et lâcher prise, Guy Finley.

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