La maîtrise des pensées

La pratique persévérante de l’assise immobile et de l’attention intérieure vous conduira peu à peu à une maîtrise croissante de vos états émotifs et de vos pensées dans le courant de vos journées. Mais, inversement, tarir la source même des agitations mentales inutiles grâce à une vigilance accrue au sein des activités rendra les moments de méditation de plus en plus aisés. Le silence des profondeurs vous sera naturellement accessible et vous établir dans le Soi ne sera plus un rêve sans espoir.

Toute méditation fait appel à notre capacité d’attention. Or c’est un fait constaté dès l’enfance et l’école, nos contemporains ont une attention de plus en plus dispersée. L’aspirant à la sagesse aura inévitablement un sérieux travail sur lui-même à effectuer pour contrôler, d’une manière générale, le vagabondage de son mental.

Toute méditation est une tentative de contrôle des pensées pour les orienter dans une direction bien définie et surtout pour les suspendre afin d’atteindre un état de conscience plus profond que celui de l’agitation habituelle. Et tous ceux qui ont tenté une forme de méditation ou de concentration ont pu constater combien il était difficile de rester sans penser.
 
 
La maîtrise des pensées
 
 
Que signifie l’extinction des pensées dans le courant de nos existences? Comment peut-on vivre sans penser? Il s’agit d’abord d’une question de terminologie. Il convient de distinguer voir et penser. Une pensée intelligente, une pensée justifiée, c’est une vision. On peut utiliser le mot vision pour le bon fonctionnement de notre intelligence et le mot pensée pour désigner l’aveuglement du mental.

« Penser » revient le plus souvent à isoler un élément de la totalité. D’une situation qui comporte un grand nombre de facteurs, vous extrayez un détail qui vous touche particulièrement et vous le « montez en épingle » de façon tout à fait arbitraire en oubliant le contexte. Placé devant l’œil, un doigt peut cacher l’immensité de l’horizon. Voir, c’est au contraire intégrer le détail dans un vaste ensemble. L’émotion refuse de situer la part dans sa relation avec le tout : elle fait venir sur le devant de la scène un élément, s’y cramponne et ne peut plus entendre parler de ce qui la contredit.

Si vous en voulez à quelqu’un, vous écartez sans merci les nombreuses raisons que vous avez de lui être reconnaissant et même de l’aimer. Ce mécanisme peut corrompre chaque relation, qu’il s’agisse de votre « guide », de votre mari, de votre femme ou de votre fils. Il vous devient impossible de rappeler à la pensée négative toutes les raisons que vous auriez d’être positifs. Cette contradiction entre l’émotion et la vérité de la situation s’avère tellement insupportable que vous êtes obligés d’éliminer les autres facteurs dont il aurait justement fallu tenir compte.

Sous l’emprise de l’émotion, les êtres humains déraisonnent, se trompent, aboutissent à une conclusion fausse et, à partir de là, agissent. La tragédie, ce n’est pas le chômage à quarante ans, ce n’est pas la trahison d’un ami sur lequel on croyait pouvoir compter, ce n’est pas même la mort d’un enfant, la véritable tragédie, c’est le mental dans sa folie.

Gurdjieff, utilisait les expressions : le penser actif et le penser associatif. Le penser actif représente une pensée consciente, dirigée, qui ne part pas dans tous les sens et où chaque pensée (pour l’instant j’emploie ce mot) a sa valeur, sa nécessité, tandis que le penser associatif nous emmène dans une direction, puis dans une autre, une idée entraînant la suivante par association mécanique.

Le premier point important à comprendre c’est que la pensée ordinaire, celle qui doit disparaître, se trouve toujours liée à un élément d’émotion, même si cette émotion n’est pas nettement perceptible parce que, réprimée ou refoulée, elle ne subsiste en nous qu’à l’état latent ou non manifesté. Mais avec un peu d’habileté on la détecte dans les pensées, on s’aperçoit que ces pensées ne sont pas neutres. Au contraire, si nous voyons, nous utilisons le penser actif, et cette vision est exempte d’émotion. Par contre, elle s’accompagne et elle s’accompagnera de plus en plus de ce que nous appelons le sentiment, l’intelligence du cœur.

Par rapport à l’émotion vous pouvez considérer le sentiment comme « l’ouverture du cœur ». Cette expression vient spontanément à l’esprit de certains d’entre vous : « Je sens mon cœur s’ouvrir », « mon cœur n’est pas ouvert », « hier j’avais le cœur beaucoup plus ouvert qu’aujourd’hui ». L’émotion, à l’inverse, représente toujours une rétraction du cœur quand ce n’est pas une fermeture complète dans l’émotion négative que vous ressassez. La vision ne s’avère possible que si le cœur est ouvert. A suivre…

Librement inspiré d’Arnaud Desjardins (Approches de la Méditation), et de Georges Gurdjieff.
 


 

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