Une lutte continuelle (partie 2)

Une personne qui devient et qui, par conséquent, fait un effort, soutient une lutte, une bataille contre elle-même, comment une telle personne peut-elle connaître cet état d’être, qui est la vertu, qui est la liberté ? J’espère que j’ai posé la question clairement. Voici : j’ai lutté pendant des années pour devenir quelque chose, pour n’être pas envieux, pour devenir non-envieux; et comment puis-je laisser tomber cette lutte, l’abandonner et simplement être ? Car, tant que je lutte pour acquérir ce que j’appelle la droiture et la vertu, je ne fais, manifestement, que mettre en œuvre un processus qui m’enferme en moi-même; et il n’y a pas de liberté dans le confinement.

Donc, tout ce que je peux faire c’est être conscient, passivement lucide de mon processus de devenir. Si je suis creux, je puis être passivement conscient du fait que je suis creux, je n’ai pas à lutter pour devenir quelque chose. Si je suis coléreux, si je suis jaloux, envieux, si je manque de charité, je puis être simplement conscient de cela et ne pas m’y opposer. Dès l’instant que nous nous opposons à une qualité, nous donnons l’importance à la lutte, et par conséquent, renforçons le mur de résistance. Ce mur de résistance est censé être la vertu même, mais il empêche la vérité de naître. Ce n’est qu’à l’homme libre que la vérité peut apparaître, et pour être libre, il ne faut pas cultiver la mémoire qui est l’armature des morales conventionnelles.

 
Une lutte continuelle
 

En résumé, l’on doit être conscient de cette lutte, de cette perpétuelle bataille. Soyez-en simplement conscients, sans opposition, sans condamnation; et si vous êtes réellement en état passif d’observation et pourtant lucidement sur le quivive, vous verrez que l’envie, la jalousie, l’avidité, la violence, vous verrez que tout cela tombe et que survient l’ordre. Tranquillement, rapidement un ordre s’établit qui n’est pas l’armature de ceux qui se disent vertueux, un ordre qui n’enferme pas l’individu en lui-même.

Je répète que la vertu est liberté et non un processus de confinement. Ce n’est qu’en la liberté que la vérité peut naître. Il est donc essentiel d’être vertueux et non rigide, car la vertu engendre l’ordre. Seul est confus l’homme qui se pare de sa respectabilité; c’est lui qui est dans la confusion, lui qui est en état de conflit, lui qui met en œuvre sa volonté comme moyen de résistance; et l’homme de volonté ne peut jamais trouver la vérité, parce qu’il n’est jamais libre. Être, qui veut dire reconnaître ce qui <est, accepter ce qui est et vivre avec — sans essayer de le transformer, sans le condamner — engendre la vertu; et en cela est la liberté. Ce n’est que lorsque l’esprit ne cultive pas la mémoire, lorsqu’il ne cherche pas à incarner la vertu comme moyen de résistance, qu’il y a liberté; et en cette liberté surgit la réalité, cette félicité que l’on ne peut connaître qu’en la vivant.

Extrait de “L’homme et son message”, de Krishnamurti

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