L’histoire d’un grand voyageur

Un homme qui venait d’apprendre qu’il était atteint d’une maladie incurable vivait de terribles moments d’angoisse. Connaissant sa passion pour les voyages, deux de ses amis voulurent l’aider à apprivoiser ce dernier voyage : ils lui composèrent l’histoire qui suit.

Il était une fois un célèbre voyageur, né dans un petit village accroché aux flancs d’une colline et dominé par une charmante petite église. Dès sa tendre enfance, il avait contemplé les horizons infinis qui le sollicitaient de découvrir d’autres mondes. Dès qu’il le put, il répondit à leur appel, maintes et maintes fois. Il devint ainsi un « grand voyageur ».

Il préparait très bien chacun de ses voyages. Il se traçait un itinéraire détaillé. Pour mieux communiquer avec les peuples qu’il visitait, il n’hésitait pas à apprendre les rudiments de leur langue. Pourtant, malgré ses minutieuses préparations et sa hâte de partir, notre voyageur se sentait submergé par de noirs sentiments quand sonnait l’heure du départ; inquiet et angoissé, il se demandait s’il n’avait rien omis d’essentiel : documents, argent, billet d’avion, etc. En fait, il ne commençait à jouir de son voyage que lorsque son avion était en plein vol.

 
L'histoire d'un grand voyageur
 

Parmi ses nombreux projets de voyage, il en était un qui l’attirait particulièrement. En effet, durant toute sa jeunesse, il avait entendu parler d’un merveilleux pays et écouté les récits du seul voyageur qui en était revenu. Ce dernier en avait rapporté des souvenirs si magnifiques que ses récits soulevaient l’enthousiasme de générations en générations. Tous ceux qui les avaient entendus entretenaient l’espoir d’aller vivre un jour dans cette contrée vaste et paisible. Notre voyageur était de ceux-là.

Il passa des années à étudier l’histoire, les mœurs et les attractions de ce lointain pays. Il brûlait surtout du désir d’en rencontrer le Maître et Artiste-Architecte. Il ne pouvait s’empêcher de partager son enthousiasme et son amour pour cette terre de rêve. Cependant, il lui arrivait parfois de douter de lui-même : peut-être n’arriverait-il jamais à être accepté par les habitants de ce pays ? Puis, ses doutes s’envolaient; la confiance de pouvoir se présenter et d’être accepté comme il était, avec ses qualités et ses défauts, lui revenait.

Arriva enfin le jour de la confirmation de son départ. Au lieu d’éprouver une immense joie, le grand voyageur se sentit tout abattu. Tout était trop précipité. Il lui restait tant de choses à faire. Il éprouva un agacement qui tournait jusqu’en colère. Comment pourrait-il être prêt à temps? Comment parviendrait-il à exécuter tout ce qu’il désirait accomplir avant de partir?

Au fil des jours, il se souvint de ses autres voyages : s’il avait vécu une grande anxiété avant chaque départ, jamais il ne s’était laissé arrêter par ses peurs. Il se remémora la joie de l’arrivée, la rencontre de nouvelles personnes et le plaisir de revoir de vieux amis. Cela le convainquit que ce voyage-ci serait semblable aux autres.

Même s’il ignorait l’heure exacte de son départ, il s’adonna avec ardeur aux préparatifs nécessaires. Il prit le temps de rédiger son journal, car il voulait tirer profit de la sagesse acquise au cours de tous ses voyages, y compris celui-ci. Savourant chaque minute qu’il lui restait avec ses proches, il utilisa tous ces instants pour leur communiquer sa passion pour la destination rêvée. Au fur et à mesure qu’il se préparait, ses craintes commencèrent à s’estomper.

Mais voici qu’à l’aéroport il se sentit une fois de plus envahi par une crise d’anxiété. Tout concourait à augmenter son malaise : circulation intense, longue file d’attente au guichet, tracasseries de la douane, attente prolongée du départ… Enfin, l’avion prit son envol et glissa vers le ciel azuré. Une grande détente et une paix intense envahirent notre voyageur : la joie du voyage l’emporta sur toutes ses appréhensions.

Il était maintenant certain de trouver enfin ce qu’il avait toujours recherché. La pensée de revoir des êtres chers qui l’avaient précédé dans ce beau pays lui apporta réconfort et bonheur. Sans compter qu’il allait finalement rencontrer le Maître-Artiste qui, il en était convaincu, l’attendait depuis fort longtemps!

D’après une histoire de Roger Fortin

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