Les six cuirasses (partie 3)

La cinquième cuirasse est l’illusion qui nous porte à croire que notre créativité est limitée, parfois même à douter que nous en possédions la moindre trace. C’est elle qui nous pousse à vénérer ceque les autres produisent. Nous couler dans la beauté ne nous suffit pas.

Ce mouvement qui pourrait nous ouvrir à notre créativité illimitée est retenu par le concept que nous sommes incapables de produire une telle splendeur. Nous restons sans voix, la cage thoracique comprimée, anéantis par la beauté du monde.

Si nous respirions réellement,  cette cuirasse exploserait et l’objet de notre admiration ne pourrait plus se trouver dans la dualité. La beauté du monde serait alors en nous. L’extase mystique, c’est cette déflagration soudaine du petit moi qui reconnait le Soi divin. Toute la masse ramassée de la Conscience est alors projetée dans l’infini et l’on peut crier de joie car à cet instant, toute la beauté du monde fait partie de soi.

 
Les six cuirasses
 

Ces cinq cuirasses sont comme entourées d’une suprême cuirasse qui est celle de maya, l’illusion dans sa nature même, qui soude les différentes protections et leur assure une cohésion artificielle. Nous sommes caparaçonnés comme des éléphants de combat sans cesse aiguillonnés par leur cornac. Nous avançons de tout notre poids à travers la vie et nous ne cessons de livrer combat.

Mais un jour, au détour d’une bataille qui nous laisse couverts de flèches empoisonnées, une jeune fille nous apporte à boire, elle nous parle et nous caresse, elle enlève nos protections, elle respire avec nous, elle panse nos plaies, elle nous baigne dans la rivière et soudain, nous retrouvons notre grâce, notre légèreté, notre beauté. Plus personne ne reconnait en nous un éléphant de combat.

Rien alors ne nous empêche de saisir spontanément le divin en nous. Ce que nous ne savons pas, c’est que la plus infime expérience peut être cette jeune fille miraculeusement rencontrée. Il suffit de si peu. Le parfum d’une fleur, un regard ouvert, une brise qui touche notre corps et soudain la plus solde des cuirasses se fend et tout le réel pénètre en nous par cette brèche, nous délivrant à jamais de la pesanteur de la séparation.

Librement inspiré de Daniel Odier, Tantra.

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