Les six cuirasses (partie 1)

Les six tattva, appelés les six cuirasses sont un point extrêmement important du shivaïsme, car lorsque ces cuirassent fondent et libèrent la Conscience, c’est illumination ou l’éveil. Ces cuirasses sont semblables à des voiles qui empêchent de voir le Soi spontanément. Sans elles, il n’y aurait ni pratique, ni recherche. Tout nous apparait dans sa nature absolue.

La première cuirasse est celle d’être soumis à l’illusion que le temps existe et que nous y sommes liés. Cette illusion nous fixe dans une durée limitée, elle donne l’impression que le temps passe. Après l’éveil on découvre avec émerveillement un nouveau paysage ou rien n’est soumis au temps. C’est comme de s’éveiller après un mauvais rêve et de constater que cette limite était artificiellement imposée à la Conscience.  On a envie de rire, de crier « Quelle supercherie ! ». On a envie de courir à travers villes et villages pour prévenir les êtres mais celui qui le ferait passerait pour fou. C’est la première fraîcheur de l’éveil, elle redonne une vigueur, une couleur, un éclat à tout ce qui est vu hors du temps.

 
Les six cuirasses
 

La deuxième cuirasse est celle qui nous fait croire que nous sommes soumis à l’illusion de l’espace et nous y situe. Cette illusion nous fait dire : « Je suis en cet endroit, là où se posent mes pieds. Si je voulais être ailleurs, je ne serais plus ici. Il faut choisir, être ici ou là. » Mais en réalité, ce n’est pas ainsi. Après l’éveil, on réalise brusquement que nous sommes omniprésents et nous avons envie de le crier dans la plus grande joie.

Nous sommes partout. Il n’est aucun point de l’espace qui ne soit notre centre. Il y a absolue compénétration de toutes les structures universelles. C’est comme dans un pot. L’air qui s’y trouve se dit : « L’univers est minuscule, je ne vois qu’un petit cercle de ciel, autour de moi un mur de terre marque les limites de ma vie. Qu’y a-t-il au dehors ? » Soudain Shiva arrive et brise le pot. L’air qui était emprisonné par la pensée limitative est instantanément mêlé à la masse universelle. C’est exactement ce qui se passe au moment de l’éveil mais aussi après la mort, une fois les limites de l’égo brisées, le divin retourne au divin, l’énergie à l’énergie, l’espace à l’espace, le Cœur au Cœur.

Alors, tout est possible mais rien n’est certain. Dans l’enseignement populaire on parle parfois de réincarnation, dans l’enseignement tantrique le plus haut on dit qu’il n’y a fondamentalement ni naissance, ni mort, seule l’illusion d’être enfermé dans le pot crée le désir de réintégrer un autre pot. Prendre parti pour l’annihilation ou pour l’éternalisme sont deux notions que l’adepte dépasse dès qu’il reconnait la nature de son propre esprit.

A suivre.

Librement inspiré de Daniel Odier, Tantra.

 


 

Laisser un commentaire