Les cinq considérations profondes

Elles s’énoncent comme suit :

Cette nourriture devant moi est le don de l’univers tout entier, de la terre, du ciel, et de beaucoup de dur travail.
Que seulement nous mangions de manière à être dignes de la recevoir.
Que seulement nous puissions transmuter nos états d’esprit erronés et apprenions à manger avec modération.
Que nous nous contentions d’absorber des aliments nourrissants et éloignions de nous la maladie.
Si nous acceptons cette nourriture, c’est pour nous aider à réaliser la voie de la compréhension et de l’amour.

La première considération profonde consiste à prendre conscience que notre nourriture est le produit de la terre et du ciel. Elle est un don de la terre et du ciel, mais également de tous ceux qui la préparent à la cuisine.

 
Les cinq considérations profondes
 

 

 

La deuxième considération profonde consiste à nous montrer dignes de la nourriture que nous allons prendre. Pour mériter cette nourriture, nous la mangeons en toute conscience – nous avons conscience qu’elle existe et sommes reconnaissants de son existence. Nous allons admettre que la nourriture devant nous est un plat de haricots verts. Il a fallu plusieurs mois à la terre et au ciel pour le produire. C’est pourquoi il serait regrettable de le regarder sans avoir conscience qu’il constitue un miracle de la vie. L’énergie de la pleine conscience nous aide à saisir tout l’aspect merveilleux de notre nourriture tandis que nous l’absorbons. Nous ne pouvons-nous permettre de nous perdre dans nos inquiétudes, nos peurs ou notre colère passées ou futures. Nous devons être là pour notre nourriture, parce que la nourriture est là pour nous; ce n’est que justice. Mangez en toute conscience et vous serez digne à la fois de la terre et du ciel.

La troisième considération profonde a pour objet notre tendance à la négativité, et elle consiste à veiller à ne pas nous laisser submerger par cette négativité. Nous devons apprendre à manger avec modération, manger juste ce qu’il faut. Au Village des Pruniers, chacun mange dans un bol, et chaque fois qu’il se sert de nourriture il sait très exactement de quelle quantité de nourriture son corps a besoin. Le bol d’un moine ou d’une nonne est l’instrument approprié pour déterminer la quantité de nourriture qui lui est nécessaire. Nous devons éviter coûte que coûte de trop manger. Si vous mangez lentement en mâchant soigneusement vos aliments, vous mangerez toujours suffisamment. Absorber de justes quantités de nourriture permet de demeurer en bonne santé.

La quatrième considération profonde a pour objet la qualité des aliments. Nous devons être résolus à ne prendre que de la nourriture non toxique, pour l’organisme physique comme pour la conscience. Nous nous promettons de ne manger que de la nourriture apte à nous garder en bonne santé et à alimenter notre compassion ; à éviter tout aliment qui serait un poison pour notre organisme, et diminuerait notre compassion. Voilà ce qu’il faut entendre par manger en toute conscience. Le Bouddha a dit que si notre façon de manger détruit en nous la compassion, c’est comme si nous mangions la chair de nos enfants.
C’est pourquoi, mangez de telle façon que la flamme de la compassion puisse rester allumée en vous.

La cinquième considération profonde consiste à avoir conscience que la nourriture qui nous est donnée sert à réaliser quelque chose. Nos vies doivent avoir du sens, et ce sens consiste à aider les autres à moins souffrir, à se relier eux aussi aux joies de la vie. Avec la compassion en nos cœurs, quand nous savons qu’il nous est possible d’aider les autres à moins souffrir, nos vies prennent davantage de sens. Cela est une autre sorte de nourriture, dont l’importance est très grande.
Chacun peut aider les autres. Ma collègue, soeur Chân Không, s’est occupée pendant des années d’indigents, d’orphelins, de personnes affamées. Elle est ainsi venue en aide à des milliers de gens ; son travail a permis de diminuer leurs souffrances. Pour elle, ce fut l’occasion de beaucoup de joie et d’une vie ayant du sens. Et la même chose vaut pour nous tous. Si vous prononcez une parole qui atténuera la souffrance de quelqu’un, votre vie s’en trouvera égayée. C’est là une pratique pouvant être effectuée n’importe où et n’importe quand.

Lorsque votre vie se revêt de sens, le bonheur devient une réalité et vous devenez en quelque sorte un bodhisattva ici et maintenant. Un bodhisattva, c’est quelqu’un qui ressent de la compassion envers les autres ; il ou elle sait redonner le sourire aux autres, leur venir en aide afin de leur permettre de moins souffrir. Chacun de nous est capable d’en faire autant.

Extrait de Soyez libre là où vous êtes – Thich Nhat Hanh


 

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