L’équithérapie : un miroir en mouvement

Il y a longtemps ma vie avait rencontré celle des chevaux en France et en Australie. L’expérience que j’ai vécue dernièrement ici en Charente, je ne suis pas prêt de l’oublier. Elle a été le siège d’un échange pur et profond entre l’homme et l’animal, ceci dans un processus de transformation réciproque.

equitherapie

Je dois avouer que je ne savais pas de quoi il s’agissait quand je me suis rendu au rendez-vous : une séance d’équithérapie ! Voilà un voyage dans l’inconnu qui ne me déplaisait pas.
Nous nous trouvâmes à quatre dans un champ au milieu de nulle part : la personne qui dirigeait la séance, deux chevaux et moi-même. Le vent soufflait, glacial. Assis sur un tronc d’arbre, je tenais les feuilles de papier entre mes doigts gelés et la goutte au nez, j’écoutais comme un enfant qui découvre…

J’appris entre autres que les chevaux ont une vision binoculaire, qu’ils passent la plupart de leur temps à manger (ils ne sont cependant pas ruminants) et qu’ils dorment debout (veinard !). Ce sont des animaux qui aiment vivre en groupe. C’est toujours une jument qui est le leader et qui veille à ce que le groupe ait toujours à manger et à boire. Le chef n’est pas là pour le groupe mais vit avec le groupe. Il est reconnu à sa présence. Tiens, tiens, me dis-je, voilà une forme de leadership qui me plait, bien adaptée à ces temps nouveaux ! Quant à l’étalon, son rôle est de faire perdurer l’espèce.

Bientôt nous passâmes à l’action. Je choisis un percheron massif, gris, du nom de Violin pour être mon compagnon de route du moment. J’expliquai à Violin la raison de ma présence auprès de lui : je lui demandai de m’aider à trouver ma place dans cette humanité et… aux avant-postes ! Violin m’écouta attentivement, enregistrant chaque parole.
Je commençai par une séance d’ostéopathie pour nous mettre tous les deux en confiance. Violin sans bouger apprécia mon initiative. Je le brossai sur tout son corps et je passai ensuite au curage des sabots. Cela je ne l’avais jamais fait. Pas facile de curer les sabots d’une masse de 900 kg surtout quand elle teste votre autorité ! Me rappelant les règles du jeu que j’avais créés, je réussis avec patience, intuition et fermeté à accomplir le travail.

Ensuite on m’enseigna comment guider le cheval : marche côte à côté, trotter en parallèle, s’arrêter, repartir… Je savais que Violin était mon miroir. Une grande complicité se créa bientôt. Nous fîmes plusieurs tours dans l’enclos, chacun se mouvant dans son espace. J’appris à donner des ordres clairs et à initier le mouvement. Ressentir la vibration du mouvement d’un percheron de 900 kg qui trotte en parallèle avec soi est une expérience joyeuse et formidable.

Puis je créai un jeu d’obstacles à franchir pour les deux, en prenant tout ce qui me tomba sous la main : plastique, cageots, fagots. Chaque obstacle avait une valeur symbolique : peur de l’inconnu, peur de perdre son acquis, peur de passer à côté de la Vie, peur de prendre sa place de leader dans le groupe. Tout ceci avec un départ et une arrivée. J’expliquai tout ceci à Violin qui comprit le rôle qu’il avait à jouer dans son accompagnement.

Nous effectuâmes un premier tour d’enclos et un des obstacles ne fut pas franchi de façon nette. Enhardis, nous refîmes un tour au trot, passant les obstacles cette fois avec fermeté et aisance pour franchir radieux la ligne d’arrivée. Heureux, nous nous congratulâmes de notre expérience. Je me souvins alors de ceci. Quand nous étions au trot, en synergie dans une ligne droite, chacun dans sa vérité, c’était comme un moment de grâce et de fluidité, qui n’échappe pas à l’observateur.

Finalement, j’eu le privilège de monter sur le dos de Violin pour un tour triomphal de l’enfant qui vient de réussir son examen de passage à travers ses peurs. Le derrière au chaud, assis sur cet énorme radiateur, quel cadeau !
Merci Violin, du fond du cœur, pour ta chaleur.


 

Commentaires

  1. merci Jacques pour ce beau partage.
    J’ai vu dans l’aveyron, un magnifique duo entre Hubert et son cheval. Pour l’observatrice que j’étais, je voyais cette fusion entre ces deux êtres et ce spectacle m’a rempli de bonheur.

  2. Bonjour Jacques,
    ton expérience fait écho à une expérience que j’ai vécue au printemps dernier. Accompagnée para une amie à qui appartenait deux chevaux à moitié sauvages, je suis entrée dans leur champ. Je me suis assise à terre et au bout de quelques minutes m’y suis endormie. Ce qu’il s’est passé au cours de ce temps hors du temps je ne puis le dire car je n’en ai gardé aucun souvenir mais ce dont je suis sûre c’est que cet
    épisode m’a guérie à jamais de ma peur des équidés et, plus généralement des animaux.
    J’adore une vieille série britannique que je regarde en streaming sur FRANCE 4 : Dr Who. Je te conseille l’épisode “terreurs nocturnes” qui est encore disponible. Un autre écho.
    Anne

  3. Le monde animal, et en particulier celui des chevaux, est source de découverte de soi-même. De plus, les animaux ne jugent pas, contrairement aux hommes et sont comme des éponges, captant toutes nos émotions. Le cheval est très utilisés pour aider les personnes handicapées mentales ou physiques, ou les autistes, à établir des liens qui ne passent pas par la parole.
    Mon fiston, qui a beaucoup de difficultés à établir des liens avec ses camarades qui le trouvent “bizarre”, et en souffre beaucoup, me dit qu’il se sent mieux avec les chevaux que et qu’il sent qu’ils le comprennent. Je souhaite qu’il puisse trouver à travers sa relation à eux la confiance en lui qui lui manque tant en ce moment.

  4. Bonjour Claire de Lune,

    Je souhaite que ton fils puisse trouver les liens pour prendre confiance et faire sa place, dans la société, auprès des chevaux, ou d’autres animaux. Je ne sais quel âge à ton fils, et si cela est adéquat, en ce qui te concerne, mais la SPA cherche parfois des personnes, pour promener des chiens. J’en avais entendu parler avec des pré-ado accompagnés d’adultes. Ils pouvaient être mis en valeur par la responsabilité de l’animal, qui lui était confié le temps d’une promenade, avec des liens qui pouvaient se créer.

    Je sais qu’il se fait des thérapies, ou travail, selon, avec les chevaux, dans différents domaines. J’ai connu un centre pour jeunes délinquants, installé à côté d’un centre équestre, avec collaboration, travail en rééducation post-traumatique, ou avec des enfants autistes.

    Il n’est pas facile de grandir et d’être adulte avec des idées, parfois différentes, que le commun des mortels, mais authentiques.

    L’animal ne juge pas, il capte nos états d’âme, notre tension ou calme intérieur.

    Salutations du Nord.

    Orcanette

  5. Bonjour Claire de lune,

    Merci pour tes pensées.
    Je me suis juste posée la question, après coup si ma réponse, à ton commentaire était adéquate.

    Une agréable fin de semaine à toi.

    Orcanette

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