Le saut

Je suis incapable de vous conférer la sagesse. Celui qui prétend pouvoir le faire vous ment déjà, soyez-en sûrs. La vérité est incommunicable et cela ne tient pas à l’incompétence du maître, mais au fait que la vérité est vivante. Les objets inanimés peuvent être vendus, donnés, troqués, dérobés, fabriqués, reproduits. Ce qui est vivant doit être vécu.

Les objets peuvent être vus, montrés, ils sont publics. L’expérience est unique, personnelle. Puis-je vous faire éprouver l’amour que je ressens ? Puis-je vous faire savourer la beauté de la musique que j’entends ? J’aimerais tant vous faire partager les événements extraordinaires survenus dans ce corps banal qui est le mien. Ce n’est pas possible. J’ai beau me tourmenter à ce sujet, il n’y a pas moyen.
Quelle impuissance !

 
Le saut
 

 

 

Un de mes amis est né aveugle. Je souhaitais ardemment lui donner mes yeux, mais l’état de la médecine ne le permettait pas. Cela viendra peut-être, grâce aux techniques de transplantation. La vision de Cela, du réel, ne pourra jamais être transmise ou greffée, car elle appartient à l’âme et non au corps.

Toutes les réalisations dans la sphère du Soi sont le fruit des efforts fournis par le Soi. A ce niveau, rien ne peut être emprunté, la dépendance est exclue. Dans le monde de l’âme, personne ne peut se faire porter ou marcher avec des béquilles. Le seul secours vient de vous-mêmes. C’est ainsi.

Voilà pourquoi, je le répète, je suis incapable de vous révéler la vérité. Je puis vous parler, mais les mots sont creux et inertes, la réalité reste cachée derrière l’écran. Parler n’est pas communiquer. Le sens des paroles, l’expérience vivante qu’elles tentent d’exprimer ne passent pas. Les mots sont des coquilles vides, jamais ils ne vous libéreront. Ils sont tout au plus une vérité embaumée, aucun cœur ne palpite en eux. Je ne peux pas vous donner la vérité, mais je puis vous aider à alléger le fardeau qui vous empêche d’avancer sur la route. Vous avez les reins brisés depuis des vies et des vies. La poussière des concepts s’est lentement accumulée. Vous voilà enterres vifs sous une montagne de mots et de pensées.

Les mots ne sont jamais la vérité, quelle que soit la bouche qui les prononce. Ne les gravez pas dans votre mémoire, ne les gardez pas en tête. Lâchez-les comme le voyageur qui se défait de ses bagages pour entamer l’ascension des cimes.

Je prêche un seul type de non possessivité : le non attachement aux mots, aux idées. «Le filet, disait Tchuang Tseu, sert à attraper des poissons. Saisissez-les et ne vous embarrassez pas du filet.» Quel mauvais pêcheur que l’homme ! Il est pris dans les mailles de son propre piège et n’a plus la moindre notion de ce qu’il voulait capturer au départ. Une flottille navigue dans sa tête et il a oublié que les bateaux servent à le transporter.

Le langage est symbolique, il n’est rien en soi, il désigne quelque chose qui est hors de lui. Efforcez-vous de comprendre le sens des mots, puis jetez-les. Collectionner des paroles, des phrases, des citations est extrêmement vain.

Le mot est comme l’index qui montre la lune. Si vous vous concentrez sur le doigt pointé, vous ne verrez pas le luminaire céleste. Le doigt a rempli sa mission lorsqu’il vous écarte de lui. S’il devient crochet, il a échoué et est une nuisance.

N’avez-vous jamais pressenti que les vérités auxquelles on vous fait croire sont une source de malheur dans votre vie ? Les endoctrinements ne vous ont-ils pas dressés contre la nature, ne vous ont-ils pas abîmés jusqu’au tréfonds de vous-mêmes, n’ont-ils pas divisé l’humanité en camps ennemis ? Que de bêtise, que de cruautés sanctionnées par les institutions dites religieuses ! Ce ne sont que des sectes, des groupements fondés sur des mots.

Beaucoup de gens peuvent montrer la lune du doigt, mais il n’y a qu’une lune. Beaucoup de termes signifient «vérité», mais celle-ci est unique et indivisible. Toutes les intolérances sont affaire de mots, d’idées. Au-delà des déclarations, des dogmes et des commandements, il n’existe qu’une seule vraie religion.

Je ne veux pas aggraver la situation en me bornant à discourir. Vous êtes déjà sursaturés, cela suffit. Celui qui sait se tait, c’est la suprême éloquence. Il vous fait comprendre que la vérité est silence, apaisement mental. Mais qui de vous peut entendre cela ? Vous êtes tellement inféodés aux mots qu’il faut bien vous atteindre par cet immense détour. Les maîtres ont parlé par compassion, ils ont tenté l’impossible et dans votre aveuglement, vous vous êtes emparés de leurs paroles et avez créé des sectes. Les idéologies sont toutes des mixtures faites de paroles et d’ignorance. L’homme n’a jamais accepté la religion authentique, il l’a toujours tuée dans l’œuf en l’institutionnalisant, en en faisant un système intellectuel.

Renoncez aux concepts. Ils ne sont que lavage de cerveau. Ils apportent de l’eau au moulin de votre mémoire, rien de plus. Ne confondez pas connaissance et mémorisation, je vous en prie. Sachez une fois pour toutes que la mémoire n’est qu’un tas d’archives, l’histoire de ce qui est révolu, passé. Elle relève de l’enregistrement et de l’apprentissage, non de la connaissance.

Osho


 

Commentaires

  1. Bonjour,
    Excellent comme d’habitude quand il s’agit d’Osho et tellement puissant.
    La Vérité est vivante et ce qui est vivant ne peut être que vécu.
    Quand on comprend cela profondément, tout le verbiage qui tourne autour de la vérité s’arrête.
    Pourriez-vous en fin d’article citer la source du livre d’Osho dont il est extrait.
    Quand on lit un texte d’une telle qualité, on ne peut que souhaiter en lire davantage.
    Merci à vous.
    Je vous souhaite une belle journée.
    Françoise

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