L’art d’apaiser les tempêtes de l’émotion

Une tempête se lève, dure plus ou moins longtemps, puis s’éloigne. C’est la même chose pour les émotions : elles se lèvent, durent un certain temps, puis se dissipent. Une émotion, ce n’est jamais qu’une émotion. Nous sommes plus, beaucoup plus que les émotions qui se saisissent de nous. Ce n’est pas une émotion qui provoquera votre mort. C’est pourquoi, dès que vous sentez une émotion naître en vous, il est très important de vous asseoir dans une position stable, ou de vous allonger – ce qui est tout autant une position stable. Ensuite, vous vous concentrez sur la région de l’abdomen. Dans l’état émotif, votre tête est comparable au faîte d’un arbre secoué par un vent violent. Je ne vous conseillerai donc pas de rester dans votre tête. Faites descendre votre conscience plus bas, dans le tronc de l’arbre, qui vous garantit la stabilité.

L’art d’apaiser les tempêtes de l’émotion

Une fois que vous avez réussi à vous concentrer sur la région de l’abdomen, portez votre attention juste au- dessous du nombril et commencez à pratiquer la respiration consciente. Inspirant et expirant profondément, ayez conscience de l’abdomen tour à tour se soulevant et s’abaissant. Après dix, ou quinze, ou vingt minutes, vous remarquerez que vous avez acquis une certaine solidité, suffisamment de solidité pour pouvoir résister à la tempête de l’émotion. Que vous soyez assis ou couché, accrochez-vous à la respiration comme un naufragé en pleine mer s’accroche à sa bouée de sauvetage. Et l’émotion finira par se dissiper d’elle-même.

C’est là une pratique extrêmement efficace mais rappelez-vous, je vous prie, une chose : n’attendez pas de pratiquer la pleine conscience qu’une violente émotion se soit emparée de vous. Sans quoi, il y a fort à parier que vous aurez oublié comment vous y prendre pour pratiquer la pleine conscience. Entraînez-vous à cette pratique sans tarder, aujourd’hui même, alors que vous vous sentez bien, que vous n’avez à prendre soin d’aucune émotion forte. Aujourd’hui est le temps juste d’entraînement. Vous pourriez pratiquer la pleine consciente dix minutes par jour. Vous vous mettez en position assise, ou couchée, puis commencez à inspirer et expirer tout en concentrant votre attention sur la région de l’abdomen. Si vous persévérez dans cette pratique pendant trois semaines – vingt et un jours -, ce sera devenu une habitude. Alors, lorsque vous vous trouverez confronté à un nouvel accès de colère, ou que le désespoir vous gagnera, c’est tout naturellement que vous vous rappellerez la pratique de la pleine conscience. Une fois que vous avez réussi à apaiser une puissante émotion grâce à cette pratique, vous aurez confiance en elle et direz à l’émotion : «Émotion ! le jour où tu te manifesteras à nouveau, je ferai exactement la même chose. » Elle ne vous fera plus peur, parce que vous saurez quoi faire face à elle.

Exercez-vous à la pleine conscience avec régularité. Lorsque vous en aurez fait une habitude, vous aurez comme l’impression d’un manque si vous restez une journée entière sans la pratiquer. Elle vous apportera le bien-être et la stabilité psychiques, et elle aura des effets bénéfiques sur votre organisme. C’est la meilleure protection que vous puissiez souhaiter. Je me dis toujours que l’énergie de la pleine conscience est l’énergie même du Bouddha, de Dieu, de l’Esprit Saint. Elle est en nous et nous protège à tout moment. Chaque fois que vous vous reliez à la graine de la pleine conscience qui est en vous et pratiquez la respiration consciente, l’énergie de Dieu, du Bouddha, est là pour assurer votre protection.

Une fois que vous aurez maîtrisé la pratique de la pleine conscience, vous pourriez avoir envie de l’enseigner à un ami, à un parent, ou à vos enfants – si vous en avez. Je connais des mères qui pratiquent la pleine conscience avec leur enfant quand celui-ci est assailli par une forte émotion. Elles tiennent l’enfant par la main et disent : « Chéri(e), tu vas maintenant respirer avec moi. En inspirant, tu as conscience que ton abdomen se soulève ; en expirant, tu as conscience que ton abdomen s’abaisse. » Elles guident leur enfant dans sa respiration jusqu’à ce qu’il ait recouvré son calme.

Une fois acquise la maîtrise de la pleine conscience, vous saurez générer en vous l’énergie de la stabilité, de sorte que vous pourrez prendre la main de quelqu’un dans la vôtre et ainsi lui communiquer l’énergie de votre propre stabilité. Vous pourrez aider cette personne à sortir de l’œil du cyclone. C’est une pratique pouvant même sauver la vie de quelqu’un. De nos jours, tant de jeunes sont incapables de prendre soin de leurs émotions. Le nombre de suicides est considérable en Occident. Pratiquer la pleine conscience est quelque chose de tout simple, mais cela a une très grande importance.

Extrait de Soyez libre là où vous êtes, Thich Nhat Hanh

 


 

Commentaires

  1. Merci. C’est le message que j’essaie de faire passer autour de moi que la respiration consciente est la solution à bien du mal être. J’initie mon fils de 9 ans. On apprends ensemble car lui est plus à l’écoute de son corps que moi. Cela finis souvent en parties de rigolades 😉 Progrès en vue.
    J’aime la fin du texte qui parle de la jeunesse. J’en rencontre beaucoup dans mon entourage. J’essaie de leur passer le mot que la méditation existe et que cela est bénéfique. J’axe mes arguments sur le fait que dans bien des écoles en Asie les enfants apprennent très tôt ces techniques. Je pense qu’ils aimeraient bien disposer de cours de ce genre dans les institutions.
    Mon fils lui souhaite des cours sur le rire 😉

  2. Merci pour cet article. J’ai cependant une expérience personnelle de 20 années de pratique du bouddhisme et je suis rompue à l’exercice proposé, respiration consciente par le hara. Mais voilà maintenant je fais autrement car j’ai besoin de vivre pleinement les émotions qui me traversent, soit pour découvrir le message dont elles sont porteuses, soit pour transmuter un schéma émotionnel.
    Donc je préfère me laisser traverser, ressentir l’émotion le plus possible (sans l’exagérer) et voir ce qui advient. Très intéressant et purificateur.

Laisser un commentaire