Je Suis

Je suis Charlie et je suis celui qui veut anéantir Charlie.
Je suis celui qui croit en la liberté et je suis celui qui annihile les libertés.
Je suis l’agent d’entretien décédé un certain mercredi matin pour le simple fait de ne pas s’être trouvé à la bonne place au bon moment.
Je suis la policière municipale abattue d’une balle un certain jeudi matin.
Je suis ces personnes venues faire quelques achats dans une supérette casher un certain vendredi midi.
Je suis les fabricants d’armes qui se frottent les mains.
Je suis les démolisseurs des démocraties.
Je suis l’espoir d’un monde meilleur.
Un monde où de jeunes soldats choisiraient de cesser de traiter d’autres êtres humains – parce qu’ils ont été reconnus comme « race ennemie » depuis des millénaires – comme ils n’oseraient pas traiter leur propre chien.
Un monde où de jeunes hommes n’auraient plus besoin de se suicider tels des kamikazes ou des martyrs pour se sentir vivants.
Un monde où la reconnaissance des différences prévaudrait à celle de la haine.
Un monde qui n’aurait plus besoin de boucs émissaires.
Je suis l’espoir, je suis le désespoir.
Je suis celui qui ne fait pas confiance en l’humain, le faiseur de lois qui enlèvent des libertés.
Je suis celui qui croit en la beauté de l’humain.
Je suis celui qui juge les actes barbares.
Je suis celui qui commet les actes barbares.
Je suis celui qui souffre de quelque extrémisme dans un coin perdu de la planète et dont on ne se soucie guère.

 
Je Suis
 

Mais je suis aussi la conscience qui éclaire de sa lumière une autre réalité, plus vaste, au-delà de toutes ces dualités qui se rejoignent tant dans l’expression de la barbarie quand elles atteignent leurs extrêmes.
Je suis le féminin châtié, martyrisé, désacralisé, tout comme la sexualité.
Je suis l’expression de ce malaise qui existe dès notre apparition dans un corps d’être humain.
Je suis l’expression de la violence ou de la colère, l’expression du déni, de l’humour qui n’est en fait que de la dérision.
Je suis l’expression du rire qui, tel l’orgasme, libère de certaines tensions.
Je suis le poseur de bombes, celui qui s’est laissé manipuler par des hommes de pouvoir qui ne cherchent qu’une chose : fomenter des guerres.
Je suis tous ceux qui tombent sous les bombes, et ceux qui se relèvent avec un corps mutilé.
Je suis celle qui, au-delà de tout ce gâchis, rêve d’un amour qui réconcilie.
Je suis celle qui voit au-delà des apparences.
Je suis celle qui ne croit pas que c’est en les traitant de cons qu’on éduquera des « beaufs ».
Je suis la femme qui se soumet à tous les autoritarismes masculins.
Je suis celle qui, pour survivre, choisit de se vendre, que ce soit en se voilant ou en se dénudant. Au bout du compte, le résultat est identique.
Je suis celle dont l’âme saigne, désespérée par toutes ces manifestations d’horreurs.
Je suis celle qui ne peut s’empêcher de penser que le juste milieu pourrait exister, pour peu que chacun pardonne, pour peu que chacun se pardonne.
Je suis toutes ces folies. Je suis au-delà de toutes ces folies.
Je suis toutes ces peurs. Je suis au-delà de toutes ces peurs.
Je suis rabougrie, écrasée, humiliée, terrorisée.
Je suis vaste, splendide, majestueuse, noble, sereine.
JE SUIS.
Par ma naissance sur cette Terre, je suis liée aux autres êtres humains, à tous les êtres vivants.
Je suis aussi faible que peut l’être une existence. Aussi forte que peut l’être la Vie.
JE SUIS LA VIE.
JE SUIS AMOUR.
Je suis perdue.
Je suis emplie de compassion pour chacune des expressions de notre humanité.
Je suis emplie d’interrogation pour certaines expressions de notre humanité.
J’observe ma propre humanité.
Je suis dans ce monde sans être de ce monde.
Je suis une femme mais je ne suis pas que ça.
Je suis avide de gloire mais je ne suis pas qu’à la recherche de la gloire.
Je suis née de sexe féminin dans un environnement catholique mais j’aurais tout aussi bien pu naître de sexe masculin dans une culture juive, musulmane, orthodoxe, protestante, bouddhiste, hindouiste, taoïste…
J’ai connu la passion et simultanément l’aspiration à vivre dans une paix profonde.
J’ai connu l’extase et je connais le doute.
Je m’interroge : pourquoi nous est-il si difficile de choisir le juste milieu en toute occasion ?
Je suis RIEN, un rien qui se confond avec le TOUT.
Je suis la VIE dans chacune de ses expressions.
Je suis celle qui est heureuse, en un certain dimanche matin, de reconnaître chez des milliers de personnes sa propre soif de vivre dans un monde d’amour, de paix, de lumière. Et je le dis à ma façon.
JE SUIS.

Ecrit le 11/01/2015 par Mathilde

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