Exercez votre autorité sur ce qui vous blesse

Il ne suffit pas de souhaiter être libres, il faut aussi agir, il faut employer les vérités que vous découvrez. Sinon, vous ne comprendrez jamais leur pouvoir, qui consiste à vous débarrasser de ce qui vous gâche la vie. Tout en gardant cette notion à l’esprit, nous devons aussi comprendre que la vérité qui nous libère n’est pas un employé que nous engageons pour faire le travail à notre place, pour produire la nouvelle vie que nous appelons de nos vœux. Cela a plusieurs significations.

Tout d’abord, comme nous l’avons appris, il faut être réceptif à la vérité dans le présent. Seule la conscience de notre douleur nous conduira à ce qui pourrait véritablement y mettre fin. Mais ensuite, nous devrons, nous-mêmes, respecter ce que nous savons être la vérité du moment. Prenons l’exemple de l’insatisfaction. Une fois que nous aurons compris qu’accepter de revivre un regret équivaut à s’engager dans un dédale sombre et caverneux, dont l’entrée est soigneusement dissimulée par une pancarte portant l’inscription suivante :

« Entrez ici, vous qui souhaitez échapper à votre passé », nous ne perdrons plus notre temps à nous demander si, en ressassant indéfiniment ce qui nous tourmente, nous pourrions aboutir à une conclusion différente. C’est impossible, totalement impossible, et nous le savons, malgré nous. Par conséquent, désormais, nous devons vivre la vérité. Nous devons refuser, quel qu’en soit le prix, de participer à une conversation avec les éléments qui, en nous, se sont à maintes reprises révélés responsables de notre douleur.

 
Exercez votre autorité sur ce qui vous blesse
 

L’anecdote suivante illustre ce phénomène et nous explique comment mettre en pratique notre nouvelle sagesse.
Bien que Thérèse se sentît en proie à une certaine nervosité, elle continua d’avancer vers les grandes portes de verre. Elle prit une grande respiration et tendit la main vers le battant pour le repousser vers l’intérieur, mais avant qu’elle eût achevé son geste, les portes s’ouvrirent lentement d’elles-mêmes.

Thérèse demeura figée sur le seuil, le bras tendu en avant comme une somnambule. Elle jeta un coup d’oeil fugitif vers les gens assis aux tables éparpillées dans la grande salle à manger et se rendit compte que la plupart avaient surpris son geste naïf. Pour éviter de perdre la face, elle fit mine d’étirer les bras en avant et de bâiller, comme si elle n’en pouvait plus d’ennui. En réalité, elle tenait à peine en place, tellement elle était énervée.
Elle n’avait pas vu sa sœur aînée, Claudia, depuis près de six mois. Le temps s’était écoulé très vite. Mais rien de tout cela n’avait d’importance.

Thérèse se trouvait à Hollywood pour rendre visite à sa soeur préférée, qui avait été engagée par l’une des plus importantes compagnies cinématographiques afin de servir de doublure à l’une des actrices les plus populaires du moment. Et, comme si cela ne suffisait pas, Thérèse se trouvait dans le restaurant de la compagnie, Le Rendez-Vous des Stars. Non seulement elle allait sans doute entrevoir certaines des vedettes du grand écran, mais encore sa sœur et elle déjeuneraient-elles dans la même pièce.

Dans son émerveillement, Thérèse ne s’aperçut pas que le maître d’hôtel s’avançait vers elle.
« Extraordinaire ! S’exclama-t-il en souriant. Vous ressemblez vraiment à votre sœur ! Claudia m’a assuré que je n’aurais aucun mal à vous reconnaître, mais je n’aurais jamais cru que la ressemblance pourrait être aussi frappante ! » Puis il poursuivit tranquillement. « Votre sœur a téléphoné pour me dire qu’elle serait en retard de quelques minutes et elle m’a demandé de m’occuper de vous. Laissez-moi vous conduire à votre table. »

Sans attendre la réaction de Thérèse, il la conduisit à une table en coin, dans une partie de la salle entourée de miroirs. « Mon nom est Roberto, je suis enchanté de faire votre connaissance. Suivez-moi, s’il vous plaît. »
Thérèse dut accélérer le pas afin de le rattraper. Lorsqu’elle se laissa enfin choir sur sa chaise, elle eut l’impression non seulement de soulager ses jambes d’une grande fatigue, mais encore de ne plus se sentir aussi stupide qu’un poisson hors de l’eau. Elle prit une grande respiration, expira tranquillement et, pour la première fois, regarda autour d’elle.

L’endroit était élégant. Les convives, confortablement installés sur des banquettes de cuir, discutaient à voix basse. Thérèse tendit l’oreille, espérant recueillir l’un de ces secrets qui, demain, feraient les manchettes des journaux.
De fait, elle était si captivée par ce qu’elle imaginait être l’ambiance dramatique de la salle et les commérages sordides qui devaient être échangés autour d’elle qu’elle ne remarqua pas un changement soudain d’atmosphère.

Un silence presque palpable s’était posé sur les convives, un peu comme tout se tait, tout se fige dans la jungle lorsqu’un grand prédateur fait son apparition. Thérèse sentit l’appréhension l’envahir. Mais c’était trop tard.
Elle leva les yeux pour plonger directement dans le regard perçant d’un homme élégant, de petite taille, à la peau olivâtre, debout devant la table. Elle comprit instinctivement que sa présence était la raison du silence dans la salle. Elle se demanda pourquoi il se tenait perché devant elle ainsi, tel un faucon sur une branche. Puis presque aussitôt, elle le reconnut et elle eut l’impression que son cœur allait exploser.

C’était Simon Manslehart, le réalisateur mondialement connu du film même qui avait conduit Claudia à Hollywood. Thérèse se sentit soudain essoufflée. Des images contrastantes éclatèrent dans sa tête. Devait-elle se lever et l’accueillir poliment ou, au contraire, prendre la poudre d’escampette ?

Les lettres de Claudia lui revinrent à l’esprit, ses descriptions de l’arrogance et du mauvais caractère légendaire du réalisateur. Une étrange impression la traversa et, lorsqu’elle leva de nouveau les yeux vers lui, elle constata qu’il continuait de la fixer du regard. « C’est probablement ce qu’un oiseau ressent lorsqu’il est hypnotisé par un serpent sur le point de frapper », se dit-elle.
Thérèse ne savait à quel point elle avait visé juste. Un instant plus tard, le nouvel arrivant se lança dans une offensive vipérine.
« Pour qui te prends-tu ? Vociféra-t-il. Tu m’as obligé à te chercher partout ! » Thérèse, éberluée, ouvrit tout grands les yeux, mais le reste de son corps était complètement figé de terreur. Son silence involontaire sembla enrager son interlocuteur. Mais elle avait momentanément perdu la voix.
« Ah, vraiment ! » reprit-il sur un ton sarcastique, comme si elle venait de lui fournir une excuse. « Et tu te fiches de savoir que nous avons un délai à respecter et que c’est ma tête qui est sur le billot ! » Puis, après avoir jeté un regard alentour, pour bien s’assurer qu’il était l’objet de l’attention générale, il poursuivit sa diatribe.
« Laisse-moi te dire une chose, pauvre idiote », déclara-t-il tandis que son visage s’empourprait de colère. « Ton problème, c’est aussi celui des autres. Vous êtes incapables de travailler correctement. Et maintenant, file !
Je veux te voir sur le plateau dans cinq minutes ! »
Thérèse, toujours figée, plongée dans une humiliation totale, savait pourtant qu’elle devait réagir. L’insulte suivante brisa sa léthargie.
« Non mais, es-tu débile ou quoi ? » hurla-t-il dans un rictus visiblement familier. « Debout et fais ce que je te dis ! Sinon ta carrière ici est bien finie !
C’est clair ? »

Thérèse eut l’impression de recevoir un choc électrique. Tandis qu’elle reprenait lentement ses esprits, le désir de répondre aux accusations, d’apaiser le courroux du réalisateur la harcelait. Pourtant, en même temps, elle sentait monter en elle-même une sensation tout à fait différente, une réaction qui, elle le savait intuitivement, était la bonne… si elle parvenait tout au moins à endiguer la terreur que suscitait cet homme en elle. Et soudain, elle sut exactement ce qu’elle allait dire.
Thérèse se redressa sur son siège, leva le menton et sourit intérieurement.
Puis, pour la première fois depuis que le réalisateur avait commencé à l’insulter, elle le regarda droit en face, au point qu’il détourna les yeux.

Puis elle retrouva la voix qui l’avait abandonnée. Il fut encore plus éberlué de l’entendre répliquer qu’elle-même l’était d’avoir mobilisé le courage de le faire.
« Il est clair que vous me prenez pour quelqu’un d’autre, une personne sur qui vous exercez une autorité considérable, mais vous avez malheureusement insulté quelqu’un qui ne dépend pas de vous. »
Et elle conclut avec un immense plaisir :
« Je n’ai pas à obéir à vos ordres. »
A ces mots, elle croisa le regard d’un convive qui lui sourit avec approbation. Quant à M. Manslehart, il était évident qu’elle venait de lui signifier son congé.

Le visage du réalisateur pâlit de fureur, il tenta de bégayer une ou deux injures, mais Thérèse l’ignorait déjà. N’ayant plus personne à intimider ou à amuser, il fit demi-tour et sortit du restaurant.

Si vous voulez savoir comment répondre à une douleur, voilà ce qu’il faut dire. Vous n’avez pas à obéir aux ordres d’une partie de vous-même qui essaie de vous punir, de vous intimider ou de vous entraîner vers la dépression.

Notre pouvoir d’élimination de ces pensées et sentiments qui nous tourmentent est inféodé à la compréhension de notre liberté. Nous ne travaillons pas pour eux, nous ne leur devons rien, pas même le souhait qu’ils nous laissent en paix !

Nous pouvons tous découvrir la vérité qui est apparue à Thérèse. Notre refus de répondre à ces états sombres, décourageants, destructeurs les déconcertera. Ils n’auront plus personne à harceler ou à brutaliser, à entraîner dans leur univers de conflits et de tourments. Ils n’auront plus de royaume !

Notre conscience éveillée revendiquera pour nous le droit à la liberté, parce qu’elle a le pouvoir de faire abdiquer tous les dictateurs en puissance.

Extrait de Vivre et lâcher prise, Guy Finley

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