Une carte postale, l’enfant blond et le Lieu du Rien

Ali, l’Afghan qui ressemblait à un ange qui a trop pleuré à force de regarder vivre les hommes, est parti, c’est le jeune artiste qui me l’a dit. Ç’aura vraiment été un ange : apparu, disparu, le temps de glisser au creux de ma main une bague qui réfléchit la lumière. La première fois que je l’ai vu, il vibrait en bleu et la dernière fois, il était sur un vélo vert, et c’est la couleur orange qui palpitait autour de lui. Alors que je lui disais : « Ali, la bague que tu m’as offerte, je ne suis pas prête de la quitter » il m’a répondu de sa voix douce : « Tu es gentille » avant d’ajouter : « Je suis fatigué. »

Cette semaine, j’ai épluché les pommes de terre de la « Sopa » de la Casa avec Antoine (7 ans et demi, signe du Cancer – « j’aime pas les crabes, je préfère les dragons »), sa bouille qui se marre, ses dents du bonheur, ses boucles blondes de chérubin et sa maladie neurologique que les médecins ne comprennent pas et qui l’empêche de marcher et j’ai échangé 50 sourires par jour avec des inconnus habillés de blanc.

 
Une carte postale, l'enfant blond et le Lieu du Rien
 

Cette semaine, la cascade et ses papillons bleus ont nettoyé mon corps et mon cœur de mes vieilles colères et mes Veilleurs ont répondu à mon intuition que ce que je suis venue chercher ici est comme un diamant que je ne peux rencontrer que dans l’Absence :

Accepter l’absurde.
Qu’est-ce que cela signifie ? Réfléchis. Laisse-toi pénétrer de cela.
L’absurde. Le vide qui remplit le vide. Incessamment.
Car le vide est.
Aussi, à quoi bon chercher à le remplir ?
Ceci est absurde. Aussi.
Si tu renonces à remplir le vide de vide, que te reste-t-il ?
Regarder en face le Rien.
Ici, à cet endroit précis, subtil, exaspérant à force d’exister de son non-sens même, tu commences à toucher quelque chose.
Le sens-tu ?
A cet endroit inexistant du Rien, vertigineux et exaspérant car impossible à contenir, une histoire commence.
« Ton histoire commence. »
A cet endroit où le vide ne peut plus être rempli de vide car il l’a été jusqu’à la nausée, tu te rencontres.
Alors, que ressens-tu ?
Rien.
Alors, tu y es.
Comprends-tu de quel endroit nous te parlons ?
Ce Lieu en toi que tu cherches, ce Lieu qui est par essence même l’objectif de ta quête, ce Lieu est dans le Rien qui est en toi.
Son idée est déjà trop. Seulement un ressenti, même pas une émotion.
Une intuition qui passe, et encore.
Même cela est déjà trop.
Ni la naissance, ni la mort, l’instant suspendu entre les deux.
L’instant non nommé. Non rêvé. Non imaginé.
Un vertige, c’est déjà trop.
Une larme et cela déborde.
Une plume et cela griffe.
Entends-tu de quel Lieu nous te parlons ?
Ce Lieu en toi que tu cherches, oublie-le. Ne tente plus de le nommer.
 


 

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