Le besoin de joie

Comment est-il possible de déboucher dans un désespoir ou non-espoir pareil après tant de siècles de luttes et de peines ?
Ou bien l’Homme est-il totalement incohérent et impuissant ?

Nous sommes comme une plante privée du soleil « qui la tire » et de ses fleurs et de sa joie de vivre, ce vers quoi « elle tend ». Et que dirait cette jeune pousse qui émerge si on lui présentait comme symbole et idéal de sa soif un arbre crucifié, fendu et déchiqueté par la rapacité des hommes ? Ou un diagramme irréfutable des molécules, particules et cellules qui la font pousser et la destinent… à quoi ? Un autre arbre mort ? Et si on lui dit : d’autres pousseront après lui et après toi, ad vitam aeternam, cette jeune pousse sera-t-elle consolée ?

Nous n’avons pas besoin de consolation ! Nous avons besoin de vivre et de fleurir ! Nous avons besoin de joie.

Alors, tous les gardiens de la Mort, prêtres de la Science ou prêtres de la sacro-sainte Forteresse, lui diront avec le coryphée d’Electre : « Ne gémis donc pas trop, nous sommes tous voués au même sort. »

 
Le besoin de joie
 

L’Homme est-il donc irrémédiablement imbécile ou irrémédiablement voué à une « intelligence » qui sait seulement améliorer son vieux désastre et emplir sa Forteresse de quelques gadgets et colifichets ? Et puis attention ! Si vous voulez vous évader de là, il y a eu des Titans cruels et nietzschéens avant vous, et des épaves.

Nous sommes parfaitement ligotés par nous-mêmes dans notre petite forteresse pensante.

Non, nous n’avons pas besoin de super-hommes ni de super-dieux, mais d’autre chose, radicalement :

Ce n’est pas un corps crucifié, mais un corps glorifié qui sauvera le monde.

Disait Mère en 1957, « glorifié », cela veut dire transformé : cet enfant de notre propre corps,  non pas tombé du Ciel mais mué ou transmué dans notre propre peau comme une chenille emmaillotée dans son cocon de fer.

On est en train de tirer la Terre entière de son cocon de Mensonge. Nous ne sommes pas en train de mourir ni de nous anéantir odieusement : nous sommes en train de muer. La Forteresse s’écroule, et c’est tant mieux ! Mais tristement et sordidement tant mieux.

« La fin d’un stade de l’évolution, disait Sri Aurobindo, est marquée par une puissante recrudescence des éléments qui doivent sortir de l’Evolution.

Allons-nous « sortir de l’Evolution » ? Ou marcher avec.
Allons-nous trouver notre propre Secret, dénouer l’Enigme dans notre propre corps, ou faire des épaves comme les fossiles d’avant nous ?

Nous pouvons être les collaborateurs conscients de notre propre Evolution et non ses sujets hébétés, et désemparés.

Nous avons besoin de joie et de soleil et d’espace, ce vers quoi ces millions de racines ont tendu à travers tant de siècles et d’obstacles.

« Lorsqu’un homme doit renoncer à ce qui faisait sa joie, il ne vit plus ; ce n’est plus, à mes yeux, qu’un cadavre qui marche. »
Ainsi parlait le Messager dans Antigone.

Extrait de La légende de l’avenir, Satprem.

 


 

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