Attributions et humiliations

Tu es…

Un enfant a tendance à se conformer à ce que ses parents disent de lui. Sans avoir toujours conscience de l’impact de leurs mots, nombre de parents lui attribuent toutes sortes de qualificatifs le définissant : « tu es nul », « tu es maladroit », « tu n’es qu’un raté », « moche comme tu es, tu ne trouveras jamais de mari » ou « insupportable comme tu es… ». Les enfants prennent nos petites phrases, souvent proférées sous le coup de l’émotion, au premier degré. Ils n’ont pas encore la capacité d’interpréter. Ils absorbent ces attributions comme si elles étaient la vérité.

Enfant, mes parents sont comme des dieux, je suis issu d’eux. « Ils m’ont créé. Ils savent forcément mieux que moi qui je suis. » De plus, je suis dépendant d’eux, comment m’opposer à eux ?

Les enfants, donc, se conforment à ce que leurs parents disent d’eux : « tu es doué en rédaction », « tu es merveilleux au piano », tout comme « tu es un moins que rien », « Bernard, c’est un secret », « Martine, c’est une pipelette », « tu ne feras jamais rien de ta vie », « Tu n’es pas un matheux »…
 
 
Attributions et humiliations
 
 
Comment faire pour avoir de bonnes notes en mathématiques quand papa a dit « tu n’es pas un matheux » ? Il n’a pas dit « en sixième, tu as eu des difficultés à comprendre les maths », il a dit « tu n’es pas un matheux ». C’est une définition. L’enfant obéit inconsciemment aux injonctions qu’il entend dans la malédiction de ses parents. D’autant que ces attributions ne se font pas tout à fait au hasard. Même si le parent est persuadé qu’il parle de l’enfant, en réalité, c’est lui qui se met en scène. Un peu d’introspection permet au parent de prendre conscience que l’insulte qu’il a proférée lui parle en profondeur. Soit il l’a entendue lui-même dans son enfance et la passe à la génération suivante pour ne pas la garder pour lui : on transmet ce qu’on peut…

Soit elle lui permet de réparer une partie de lui particulièrement blessée. « Tu es nul » peut signifier « vois comme je suis mieux que toi » ou « je comptais sur toi pour me revaloriser devant les voisins, je suis déçu de tes résultats, ils m’obligent à voir que je me sens inférieur aux autres ». « Tu ne feras rien de ta vie » peut être traduit par quelque chose comme « j’ai toujours fait ce que mon père voulait, je ne me suis jamais écouté. Je ne veux pas le regretter et me rendre compte que je n’ai rien fait de personnel. Fais comme moi, conforme-toi, travaille. ». « Tu es vraiment spéciale, ma pauvre fille » veut souvent dire « je ne te comprends pas, je me suis toujours exercée à rester dans le moule, à ne pas exister par moi-même, je me sens menacée par toi. »
 
 
Attributions et humiliations
 
 
Tout se passe comme si l’inconscient des enfants entendait les besoins de réparation des parents et se mettait à leur service. Mais leur conscient ne voit pas les raisons pour lesquelles ils échouent, ont du mal, ratent, alors ils perdent confiance en eux.

Si les influences des parents sont bien sûr prédominantes, l’impact des dévalorisations d’un enseignant ne sont pas à négliger et devraient être sanctionnées.

Il y a trois ans, une institutrice de maternelle a dit à la maman d’une petite Magali de quatre ans : « Votre fille n’aura jamais son bac ! » Elle est voyante ? Heureusement, la maman de Magali ne l’a pas crue, a soutenu sa fille et lui a permis d’exprimer sa colère.

Magali a appris à lire avec plaisir, elle est plutôt bonne élève aujourd’hui. Combien de parents ne soutiennent pas leurs enfants parce qu’ils croient ce que dit le professeur ? Combien d’enfants ne racontent même pas à leurs parents les dévalorisations voire les insultes des enseignants ? L’enfant va peut-être réussir malgré cette épine, mais il aura à se battre avec. Est-ce bien le rôle des professeurs de compliquer ainsi l’apprentissage ?

Tout le monde se souvient de ce professeur qui a dit au petit Albert Einstein qu’il n’arriverait à rien dans la vie ! À quoi lui servait cette humiliation ? Il est certain qu’il ne devait pas être facile d’avoir dans sa classe un tel génie. Il était atypique, différent, et refusait de rentrer dans le rang. Le petit Albert, très rebelle, a tout de même réussi à « faire quelque chose de sa vie », mais il n’a jamais aimé l’école.

Extrait de Fais-toi confiance, Isabelle Filliozat

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