Apparences

Il était une fois un jeune disciple qui croyait avoir toujours raison et que se vantait de son extraordinaire lucidité mentale. Un soir, son maître l’invita chez lui et quand le jeune arriva, il lui présenta une femme dont le corps révélait des courbes voluptueuses. Toutefois le visage de celle-ci était recouvert de trois voiles.

Le maître, en se tournant vers son disciple, lui demanda :
« Qu’est ce qui t’empêche de voir le visage de cette gracieuse jeune fille ?
Les trois voiles qui le cachent, dit le disciple, quoi qu’il n’y ait aucun doute sur sa beauté, comme vous l’avez souligné, non sans raison, maître.
C’est ce que tu crois vraiment ?
Assurément, la peau de son visage est luisante comme l’ébène et met en valeur un regard attrayant et profond ; assurément ses joues sont d’un rose délicat et ses dents parfaites comme des perles. »

Le maître ôta l’un des voiles qui couvraient le visage de la femme et la pria de danser. Elle commença à se mouvoir de manière provocante.
« A voir son corps mince et ferme, dit le disciple, j’en déduis que cette femme a un cou de gazelle et des lèvres rouges comme des fraises sauvages.
Le mentor enleva un autre voile et demanda :
Que t’inspire-t-elle ? Qu’éprouves-tu ?
Oh maître ! Bien que ma voie soit celle de l’austérité et de l’autocontrôle, que celle-ci soit basée sur la profonde lucidité de mon esprit, je ne puis vous mentir. Cette femme m’inspire la sensualité extrême et j’imagine sa peau douce comme la soie la plus délicate. Je ressens un mélange de passion, de tendresse, de sympathie, d’affinité, et donc une attraction irrésistible ».

Alors, le mentor retira le dernier voile du visage de la femme, et son jeune disciple ne put retenir un cri d’horreur. Il avait devant lui le visage d’une vieille édentée, à la chair rongée par la petite vérole.

 
Apparences
 
R.A. Calle

 
Réflexion

Ce que nous percevons à travers l’esprit conditionné, plein de liens et d’obstacles, n’est pas ce qui est vraiment. Nous voyons souvent ce que nous voudrions voir, ou ce que nous craignons voir. Bouddha disait : « Viens et regarde ». Il ne disait pas, viens et espère, viens et suppose, viens et compare, ou viens et imagine. Il disait concrètement : « Viens et regarde ». Regarder ce qui est, sans préjugés, ni modèles, ni attentes, ni peurs, ni idées. Voir ce qui est.

Commentaires

  1. Belle leçon pour le disciple … que nous sommes 🙂 Dans notre monde de matière tout est illusion. Alors comment faire ou quoi faire pour voir a-delà des apparences, sinon avec le coeur ? Bonne journée à vous, 🙂

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