À quoi servent les crises ? Rechercher un équilibre supérieur (3/3)

Passée la phase d’effondrement, examinons les paradigmes qui sous-tendaient la situation perdue. Nos liens avec cette situation ; la place qu’elle avait dans notre vie ; l’importance que nous lui donnions et pourquoi ; le sens social de cette perte, le qu’en-dira-t-on ; ce que nous nous sommes dit en apprenant la nouvelle et l’émotion sous-jacente.

Lors de toute crise, il est important d’être conscient de ce à quoi nous nous accrochons.

Une fois que nous l’avons compris, analysons ce que la rupture a déséquilibré ou engendré : la peur de nous retrouver seuls, de devoir fonctionner en dehors de la protection de quelqu’un d’autre ? Le désespoir de perdre un rêve ? De ne plus avoir le même pouvoir qu’autrefois ?…

À ce stade, prenons conscience qu’il y a en face de nous de multiples options, de multiples façons de réagir et de voir l’avenir. Si nous n’en percevons qu’une seule, nous nous sentirons prisonniers de la situation plutôt que libres de réagir.

Dans un quatrième temps, maintenant, abordons la reconstruction. Identifions la compétence que nous n’avions pas auparavant et dont l’acquisition nous permettra de remonter plus haut qu’avant la crise, de gagner en performance, en confiance ou en sérénité.

Visez la recherche de ce nouvel outil, de cette nouvelle ressource, comme le but à atteindre. Vous ne vous trouverez plus à la dérive, mais au travail en train de construire quelque chose de nouveau. Vous sortirez alors du rôle de victime pour devenir acteur de la reconstruction. L’étymologie du mot « crise » nous encourage dans ce sens. Chez les Grecs anciens, le mot « krisis » signifiait la « décision ». N’est-ce pas réconfortant de comprendre la crise comme une décision à prendre plutôt que comme une longue lamentation ?

 
À quoi servent les crises
 

L’exercice primordial pour cela consiste à se visualiser comme quelqu’un de différent qui a acquis une nouvelle qualité, une compétence, un autre mode relationnel, une faculté, qui crée en soi une sensation positive et permet d’envisager le futur avec confiance.

Surtout, ne pas visualiser quoi que ce soit d’ancien, de passé, de perdu, mais bien quelque chose de nouveau ; quelque chose que nous n’avons pas encore mais que nous pouvons travailler à obtenir. La gestion de la crise consistera à activement développer ou obtenir cette qualité nouvelle, ce qui nous évitera de souffrir passivement.

L’hypnose est une aide précieuse pour ce travail d’introspection, mais pas indispensable. On peut travailler en psychothérapie et parfois tout seul, une fois que nous en avons appris les clés.

L’essentiel est de nous dire : « Si je suis dans cette situation, c’est qu’il me manquait quelque chose, et je vais l’obtenir pour fonctionner mieux maintenant qu’avant cette crise. »Le dernier matin de mon tour du monde en ballon, j’ai pris une photo qui illustre bien mes propos. On y voit un de nos hublots, givré par l’humidité de la nuit. Des cristaux de glace obstruent la vue. Ils sont irisés par le soleil levant et donnent à la vitre une magnifique coloration orange.

Dans la vie aussi, très souvent, des obstacles nous empêchent de voir clairement le futur. Comme sur cette photo, il faut gratter la glace pour voir de l’autre côté.

Le problème est toujours la peur de l’inconnu. Beaucoup de gens préfèrent souffrir en restant dans la glace qu’ils connaissent plutôt que prendre le risque de chercher quelque chose de nouveau.

Je ne crois pas aux vertus de la souffrance qu’on s’inflige par peur ou par bêtise. Je crois en la capacité humaine de progrès, d’amélioration, d’évolution.

Chaque moment de rupture, si pénible soit-il, est une occasion de nous remettre en question pour avancer sur le chemin de l’épanouissement, de la performance ou de la sagesse. Il nous faut donc identifier ces moments, en prendre conscience, de façon à les utiliser au mieux.

Tout cela, malheureusement, ne se fait pas sans résistance. Il est important de tenir compte du poids de nos croyances, de notre conditionnement, de tout ce lest qui nous empêche d’atteindre une autre altitude de fonctionnement. Les nouvelles ressources que nous devrons acquérir pour sortir de la crise seront le plus souvent en contradiction avec les anciennes. Si nous voulons évoluer, nous devrons passer un bon nombre de certitudes par-dessus bord. Les petites crises sont rarement suffisantes pour nous pousser à le faire, et nous attendons parfois des catastrophes pour être obligés à nous y mettre.

Développer de nouvelles ressources

Les exemples de nouvelles ressources à développer peuvent s’étaler à l’infini. Nous commencerons à nous débrouiller seuls et à compter sur nous-mêmes lorsque nous aurons perdu nos soutiens ; à nous affirmer davantage, à être plus autoritaires, incisifs, persuasifs, courageux, si nous n’avons pas appris à l’être plus tôt. Ou alors, au contraire, à faire davantage confiance aux autres, à devenir plus souples et humbles si la crise nous fait perdre le pouvoir sur notre entourage. Nous nous tenons plus prudents, diplomates, altruistes, détachés face aux événements lorsque la vie donne un coup de pied à notre ego.

Nous arriverons à prendre des initiatives, à obtenir ce dont nous avons besoin, à dire « non » sans craindre de décevoir ; parfois à écouter sans nous imposer, à considérer les autres pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils nous apportent.

Un conflit peut nous apprendre à être plus malins, plus prudents, et pourquoi pas nous encourager à prendre un cours de self-défense. La ressource à cultiver pourrait être la combativité afin de développer enfin la force qui nous a toujours manqué pour prendre la place qui est la nôtre.

Un échec scolaire nous obligera à travailler davantage, à apprendre à mieux nous concentrer ; le refus de notre candidature, à nous présenter de façon plus professionnelle ; un échec amoureux, à faire des progrès dans nos capacités à communiquer ; une maladie, à adopter un rythme de vie ou un régime différent, à guérir de nos addictions.

Une liste d’exemples ne pourra jamais être exhaustive, donc arrêtons-nous là.

Extrait de « Changer d’altitude » de Bertrand Piccard

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