À quoi servent les crises ? (1/3)

Dans le cours des vents de la vie, nous avons toujours la possibilité de décider à quelle altitude nous désirons vivre la suite de notre existence. Mais le faisons-nous vraiment ? Avons-nous des raisons de changer quelque chose à nos habitudes si nous n’y sommes pas contraints ? Dans ce contexte, les turbulences peuvent aussi bien nous détruire que nous obliger à évoluer. À nous de nous demander chaque fois que notre univers bascule quelle est la nouvelle ressource que la crise nous oblige à développer.

Un peu de stress est bénéfique

J’ai longuement décrit jusqu’ici la construction de notre équilibre personnel ou collectif, à travers la recherche de repères, l’acquisition de convictions, la mise en place d’habitudes. Pour la plupart d’entre nous, qu’il soit satisfaisant ou non, cet équilibre existe. Il nous permet de tenir debout, de vivre au quotidien et de fonctionner dans les limites des barrières de sécurité que nous avons bâties. Tout cela s’est fait progressivement, de façon naturelle, et nous n’avons pas de raison de suspecter qu’il existe d’autres manières de vivre et de penser.

 
À quoi servent les crises
 

Que va-t-il maintenant se passer si un événement imprévu attaque le système ? Une agression contre nos croyances, un accident, une maladie, un deuil, un licenciement, un divorce, etc., bref, une rafale des vents de la vie. Ce système va-t-il s’effondrer ? Lui, oui, mais nous, pas nécessairement. Dans un premier temps, du moins, il se peut que nous fonctionnions même mieux. Comme je l’ai décrit dans mon expérience de vol Delta acrobatique, nous pouvons réagir par un flash de conscience, un éclair de lucidité.

Vous vous souvenez certainement avec une précision extrême de tous ces instants où votre équilibre a pu être déstabilisé, votre vie menacée. Brutalement tirés de la léthargie dans laquelle nous somnolions, nous nous retrouvons soudain tous les sens en éveil, toutes nos défenses prêtes à combattre.

Dans notre système immunitaire, une attaque bactérienne ou virale stimule la fabrication d’anticorps pour nous protéger. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les événements quotidiens ?

Parfois, c’est un événement inattendu mais réjouissant qui nous procure cette bouffée d’énergie intérieure et nous la vivons avec le merveilleux sentiment de devenir invincibles.

Oui, dans un premier temps, la conscience de nous-mêmes et de nos ressources intérieures est stimulée, ce qui va nous permettre d’accroître notre performance. Toutes les études montrent qu’un peu de stress nous rend plus efficaces. Comment définir « un peu » ? Comme ce que nous sommes capables de digérer. Plonger depuis le bord d’une piscine ou opérer comme photographe de guerre sur un champ de bataille, selon l’aptitude de chacun.

Que se passera-t-il ensuite si le moment de rupture dépasse en intensité ou en durée ce que nous pouvons supporter ?

Trop de stress nous fait basculer

Après le moment de conscience, nous nous retrouvons face au vide, sans point de repère. Il y aura une diminution, voire un écroulement de notre capacité à réagir, un effondrement de notre performance. Nous avons dépassé le stade de la rupture pour entrer de plain-pied dans la crise elle-même. La crise déborde nos défenses, nous pousse hors de nos habitudes et nous coupe dans un premier temps de nos ressources intérieures. Des solutions existent à un autre niveau, mais nous n’y avons pas encore accès. La plupart du temps, d’ailleurs, nous ne les cherchons même pas, car notre but est moins de faire évoluer la situation que de la combattre. Nous avons perdu ce à quoi nous tenions et sommes obnubilés par cette perte. Nous souffrons et voulons à tout prix nous opposer à cette souffrance.

Jusqu’où ira la descente ? Jusqu’à un nouveau point d’équilibre où ce qu’il nous reste suffira pour tenir à genoux à défaut de tenir debout.

Une fois que nous serons « au fond du trou », trois possibilités fondamentalement différentes se présenteront :

① Y rester ;
② Parvenir à retrouver l’équilibre précédemment perdu ;
③ Gagner en compétences pour remonter plus haut qu’avant la crise.

A suivre, demain…

Extrait de « Changer d’altitude » de Bertrand Piccard

Laisser un commentaire